Comment sont calculés les prix ?

Une des questions qui a taraudé les économistes durant des siècles a été de comprendre comment se forment et se calculent les prix – ce que l’on appelle théorie de la valeur.

Le premier enseignement est que la valeur est subjective. Un objet ne possède pas de « valeur » dans l’absolu. Elle varie d’une personne à l’autre.

Pourtant, la référence en la matière a longtemps été la théorie de la valeur travail, développée par Adam Smith et David Ricardo, élément central de la théorie marxiste, qui dit que la valeur d’un objet est égale au temps de travail qu’il faut pour le produire.

Si je reprends mon exemple de la baguette, sous l’angle de cette théorie sa valeur est donc égale au temps nécessaire pour la produire. C’est à dire le temps de travail du boulanger ainsi que la somme du temps de travail nécessaire pour tous les autres ingrédients. La farine, l’eau, ou la levure ont eux aussi été fabriqués et acheminés jusqu’au boulanger.

Cependant, cette théorie est insuffisante. Ricardo le savait déjà, puisqu’il s’est aperçu que la valeur d’un terrain par exemple n’a aucun rapport avec le temps nécessaire pour le réaliser. En l’occurrence, il existe déjà à l’état de nature. Même constat avec les œuvres d’art : la valeur d’une peinture n’a strictement aucun rapport avec le temps passé pour la réaliser !

Carl Menger a bouleversé cette théorie de la valeur travail en apportant la préférence humaine. La valeur ne dépend donc pas du temps passé ou des ressources nécessaires pour confectionner un objet, mais bien de l’utilité que chaque individu peut y trouver. Nous avons tous nos goûts, habitudes et préférences qui font que nous ne valorisons pas les objets de la même façon.

Imaginez que je lance une entreprise qui réalise des t-shirts imprimés. Je propose deux modèles : l’un avec Che Guevara et l’autre avec Milton Friedman. Chacun des deux modèles demande les même ressources et le même temps de fabrication pour le produire. Pourtant, pensez-vous que le t-shirt avec le Che aura la même valeur que celui avec Friedman ? Je n’en suis pas si sûr. En moyenne, les gens seront prêts à payer plus cher pour le premier plutôt que le second. Personnellement, je n’ai pas une grande estime pour le Che, je préfère Milton, mais c’est bien subjectif !

Au final, il n’y a aucune formule mathématique pour déterminer le prix d’un produit ou d’un service.

C’était d’ailleurs la grande tragédie économique de l’URSS. Ludvig Von Mises l’avait pressenti dès 1920 en expliquant qu’une économie ne peut fonctionner sans prix de marché. Puisque la valeur n’est pas une propriété intrinsèque de l’objet, comment fixer un prix par une autorité centrale ? C’est impossible. On s’est d’ailleurs rendu compte bien plus tard que l’URSS se procurait des catalogues type La Redoute dans les pays occidentaux pour établir ses propres prix !

Mais cela ne répond toujours pas à la question initiale : si nous avons chacun une vue différente sur la valeur des choses, comment se forment les prix ? En réalité, ils sont déterminés par tâtonnement. Les vendeurs proposent différents produits et services à différents prix et ce sont les consommateurs qui expriment leurs préférences lorsqu’ils décident d’acheter ou non ce qui leur est proposé.

Pour autant, ils n’iront pas forcément au moins cher : certains sont prêts à payer plus en échange d’une meilleure qualité, d’une provenance ou d’un service différent, ce qui est rendu possible grâce à la concurrence.

Mais cela lève une interrogation : Que se passe-t-il lorsque le gouvernement réglemente les prix ? Tout simplement, il créé une distorsion. Les prix agissent comme un thermomètre : ils nous aident à mesurer l’état de l’offre et de la demande. Réglementer les prix, c’est écrire au marquer une valeur arbitraire sur le thermomètre pour prétendre que la fièvre est partie. Cela n’explique pas pourquoi sont-ils trop élevés ou trop faibles.