Montebourg, l’ami des patrons

Aujourd’hui je souhaitais réagir aux derniers propos tenus par Arnaud Montebourg face aux dirigeants des télécoms qui illustrent combien l’état n’est pas l’ennemi des grands patrons, mais leur meilleur allié.

En effet, s’il y a un argument à l’encontre de l’économie de marché que je trouve particulièrement faux et injuste, c’est de prétendre que plus de concurrence et plus de régulations conduisent immanquablement à des monopoles, des rentes, à des riches plus riches et des pauvres plus pauvres. C’est non seulement un énorme cliché, mais dans la réalité il est fascinant d’observer que là où il y a rentes, monopoles et profits extravagants, il y a une subvention ou une réglementation accommodante pour protéger les personnes en place.

Arnaud Montebourg l’illustre parfaitement. J’irais même plus loin : il assume son corporatisme débridé. Car l’affaire de Free est emblématique. Emblématique depuis le début de la collusion entre patronat et pouvoir politique.

L’univers des télécoms est concentré dans quelques gros acteurs, qui ont tous des liens avec le pouvoir : entre Orange dont l’état est un des plus gros actionnaires et SFR et Bouygues qui nouent des relations incestueuses avec le pouvoir politique, il est bien difficile de parler de concurrence pure et parfaite. Lorsque Free a voulu intégrer ce marché, les réactions politiques ont immédiatement suivi. Nicolas Sarkozy et Eric Besson ont fait tout leur possible pour empêcher Free d’obtenir sa licence 3G.

Et lorsque l’on fait le bilan, on comprend vite pourquoi ! Depuis que Free s’est installé, les chiffres sont sans appels. Les prix des forfaits ont tous baissé, quelque soient les opérateurs. Le secteur des télécoms compte plus d’employés aujourd’hui qu’avant Free. Et enfin, les profits des trois principaux opérateurs ont fondu comme neige.

Free est un exemple tellement flagrant des bienfaits de la concurrence qu’il en est presque caricatural. Trop pour le pouvoir politique apparemment. Même avec le nouveau gouvernement, les attaques continuent et c’est Arnaud Montebourg qui s’est attelé à la tâche de réguler ce libéralisme sauvage qui brime les patrons. Vendredi dernier, il s’est adressé aux dirigeants de Orange, SFR et Bouygues, pour les rassurer. Qu’ils ne s’inquiètent pas de Free, le Chevalier Montebourg en fait une affaire personnelle, quitte à remettre en cause l’ARCEP, l’autorité qui s’assure de la concurrence dans le domaine des télécoms. Car voyez vous, la concurrence, ça abîme les profits des amis de Sieur Montebourg, et ça, c’est intolérable. Comme il le dit si bien, « vous, vous êtes contre les ententes, moi, je les organise ».

Je ne comprends sincèrement pas que l’on puisse affirmer que le libéralisme aide de quelque façon les patrons. Dans le contexte actuel, cela relève au mieux de l’aveuglement. L’affaire Free n’est que la partie visible de l’iceberg. Notre économie est régie par des rentes et des monopoles que s’arrachent des groupes d’intérêts : banques, taxis, industries pharmaceutiques ou militaires, notables, syndicats… La liste est interminable. Plus notre économie est réglementée et plus la dépense de l’état augmente, plus les profits du CAC40 sont élevés. Il faudra un jour se rendre compte que c’est tout sauf une coïncidence.