Trois femmes qui ont lancé un mouvement

Traduction de Three Women Who Launched a Movement par le Cato Institute.

 

Il y a de nombreuses années, des personnes éduquées, bien intentionnées et réfléchies aux États-Unis ont cru que le socialisme était le future. Le citoyen moyen conservait à l’occasion une croyance nostalgique dans le système américain de libre entreprise, de gouvernement limité, des droits individuels, mais parmi les intellectuels – académiciens, artistes, commentateurs radios et journalistes – il était largement admis que l’expérience capitaliste avait fait son temps. Le consensus écrasant était que le siècle à venir verrait les économies gérées par des experts bienveillants : la compétition chaotique du marché s’effacerait devant la planification centrale rationnelle.

L’histoire a été cruelle envers l’ancienne sagesse collective. Mais le remaniement intellectuel précéda l’effondrement visible des économies socialisées. Le premier signe tangible de résurrection des idées de libéralisme classique vinrent avec la publication en 1943 de trois livres révolutionnaires qui défendaient éhontément l’individualisme, le capitalisme et l’économie de marché. Presque aussi peu orthodoxes que les contenus des ouvrages, dans les climat des années 1940, furent leurs auteurs – trois femmes remarquables, décrites par le journaliste libertarien John Chamberlain dans son mémoire :

S’il avait été laissé à des hommes couards, probablement rien ne se serait produit… Bien entendu, ce furent trois femmes – [Isabel] Paterson, Rose Wilder Lane, et Ayn Rand – qui, avec un regard dédaigneux au monde des affaires masculin, ont décidé de raviver une foi dans une ancienne philosophie américaine. Il n’y avait aucune économiste au sein d’elles. Et aucune d’elles n’avait un doctorat.

J’avais déjà absorbé le message de Our Enemy the State d’Albert Jay Nock et The Servile State de Hilaire Belloc, mais c’est The God of the Machine de Isabel Paterson, The Discovery of Freedom de Rose Lane, et The Fountainhead et (plus tard) Atlas Shrugged (ndt La Grève) qui transformèrent la vision de Nock du pouvoir social en réalité détaillée. Ces livres expliquent clairement que si la vie est quelque chose de plus qu’une course pour les faveurs du gouvernement, une nouvelle attitude envers le producteur doit être inventée.

Paterson, Lane et Rand étaient déterminées à le faire. Chacune avait une pensée indépendante. Mais aussi chacune imprima sa propre marque dans la popularisation des idées libérales. Une poignée d’économistes marginalisés argumentèrent, avec force, qu’aucune économie ne pouvait égaler l’efficacité productive d’un système capitaliste. Pourtant ces arguments économiques, malgré leur technicité, étaient incapables de rivaliser avec le pouvoir de l’utopie socialiste pour capturer l’imagination populaire. Ces trois – Lane et Paterson étaient pratiquement démunies de toute éducation, Rand écrivait de la fiction dans une langue adoptée – l’on juste fait. Les grandes histoires de Lane et Paterson dépeignaient l’ascension de l’humanité de la barbarie à la civilisation d’une façon qui mettait au jour les liens nécessaires entre libertés civiles, droits de propriété stables et progrès matériel. Le conte allégorique de Rand était encore plus brillant, racontant l’histoire d’un jeune architecte effronté luttant pour maintenir son intégrité dans une profession où son indépendance d’esprit est méprisée. Au delà le l’épopée romantique, The Fountainhead fournit une satire cinglante des intellectuels à la mode de l’époque et mena vers la philosophie objectiviste d’égoïsme rationnel qu’elle développera plus en détails dans Atlas Shrugged.

L’effet que le trio eût n’était pas un accident : elles correspondaient fréquemment (et étaient amies, par moments) et se voyaient l’une l’autre – malgré des querelles sur des points précis d’éthique ou des vues religieuses conflictuelles – comme compagnons d’armes engagées dans une guerre des idées. Les probabilités dans cette guerre semblaient moins qu’encourageantes. D’ailleurs, même les capitaines d’industries qui étaient les emblèmes de la libre entreprise avaient, bien souvent, succombé à l’orthodoxie prédominante. Téméraire, Rand écrivit à Paterson en 1945 : « Tu avais raison, nous pouvons le faire sans leur aide. Nous allons devoir sauver le capitalisme sans les capitalistes. »

Sondant le climat intellectuel décourageant des années 40, F. A. Hayek écrivit :

Nous devons faire de la construction d’une société libre une aventure intellectuelle, un acte de courage […] À moins que bâtir les fondations philosophiques d’une société libre ne soit une nouvelle fois un problème intellectuel, et de son implémentation une tâche qui défie l’ingéniosité et l’imagination de nos esprits les plus vivants, les perspectives de la liberté sont effectivement sombres. Mais si nous pouvons regagner cette croyance dans le pouvoir des idées qui fût la marque du libéralisme à son apogée, la bataille n’est pas perdue.

La bataille, l’histoire l’a depuis montré, n’est pas encore perdue, est c’est dû en grande partie en la croyance dans le pouvoir des idées de Rand, Paterson et Lane. Non contraintes par les catégories politiques conventionnelles, elles ont attaqué sauvagement la panacée de la pensée collectiviste de gauche de l’époque, et dans leur vie et leur carrière, elles sont explosé les rôles de genre vus comme sacro-saints par de nombreux à droite. Dans le processus, elles ont fondé les bases du mouvement libertarien moderne. En ce mois de l’histoire des femmes, l’année du soixante-septième anniversaire de leur triple exploit monumental, le Cato Institute rend hommage à trois femmes sans qui nous n’existerions pas.