Pourquoi a-t-on des subventions sur le maïs ?

L’Union Européenne distribuera cette année 7.7 milliards d’euros en subventions directes dans le cadre de la Politique Agricole Commune (PAC). Ces subventions sont notoirement utilisées pour le maïs irrigué, malgré le fait que le maïs n’est pas adapté à notre sol et malgré le fait qu’accessoirement nous n’en consommons que très peu. Situation identique aux Etats-Unis, où il est tellement subventionné que le sirop de maïs remplace désormais le sucre dans de nombreux sodas, non pas pour ses vertus nutritives mais parce que le prix subventionné revient moins cher que le sucre.

C’est un exemple connu, mais tout sauf anecdotique. Il y a d’innombrables subventions de ce genre dans d’autres secteurs, alors que le bénéfique économique est tout à fait discutable. Ces subventions suivent généralement le sens du vent politique et varient d’un gouvernement à l’autre selon les différents groupes de pression. On peut citer les subventions (nombreuses) en faveur des DOM-TOM, de la presse écrite, pour la culture, le bâtiment, et j’en passe.

Pourquoi alors est-ce que des lobbyistes arrivent à faire passer leurs traitements particuliers, et pourquoi est-ce que le peuple ne s’y oppose pas ? L’école des choix publics fournit une explication : c’est parce que les coûts sont diffus et les bénéfices sont concentrés.

Pour les agriculteurs, ces subventions représentent un gros montant. Les plus gros d’entre eux peuvent recevoir plusieurs centaines de milliers d’euros. Ils ont une très forte incitation pour rafler le pactole et seront prêts à consacrer des ressources considérables pour faire pression sur les élus européens. Dépenser du temps et quelques milliers d’euros dans de la communication et des frais d’avocats est vite rentable quand la subvention se chiffre en dizaine de milliers d’euros. C’est ce que l’on appelle des bénéfices concentrés.

Pour les citoyens en revanche, le coût est extrêmement faible. Répartis sur 500 millions d’habitants, les 7.7 milliards de politique agricole commune ne représentent que… 15 euros par an. Qui irait mener une campagne intensive et coûteuse auprès des élus européen pour récupérer 15 euros ? C’est ce que l’on appelle les coûts diffus.

Le bénéfice est aisément identifiable dans l’exemple que je donne ici, mais il peut prendre d’autres formes qu’une subvention directe. Toute régulation limitant la concurrence et permettant donc aux entreprises d’augmenter leurs profits est une incitation forte pour prendre part au jeu politique. Moins de concurrents signifie qu’une entreprise peut augmenter ses prix et ses profits sans craindre de perdre des clients. Les telecoms en sont l’exemple parfait.

Cependant, ce n’est pas aussi simple que si l’on avait les exploitants agricoles d’un côté contre les citoyens de l’autre. Les subventions agricoles bénéficient d’un fort soutien populaire. Le lobby agricole a bien fait comprendre que sans ces subventions, les agriculteurs seraient au chômage et le secteur serait ravagé par la concurrence étrangère. En jouant sur les peurs irrationnelles des électeurs, nous avons non seulement une politique qui est mauvaise du point de vue économique mais qui en plus est soutenue par le public.

La subvention est un jeu économique à somme nulle : taxer de l’argent d’un côté pour le redonner de l’autre créé peut-être des emplois dans le secteur bénéficiaire, mais c’est au prix d’autres emplois qui ne verront jamais le jour ailleurs.

Que faire pour résoudre le problème ? Il serait tentant de penser qu’il faut plus de régulations pour contrôler la façon dont sont gérées les subventions. Mais ce serait ne pas avoir compris le problème : tant que le gouvernement promet des subventions importantes, la minorité qui va en profiter fera tout son possible pour conserver ce privilège. Si vous voulez réellement vous débarrasser des lobbies, il faut se débarrasser des subventions et autres privilèges auprès desquelles ils courent.