CSA – Le superviseur ultime des écrans

Pour ce mois d’avril, l’état continue de jouer les parents hyper-protecteurs en tapant sur les doigts de France Télévision pour un épisode de la série Plus Belle la Vie. La raison ? Deux des personnages ont parlé de cannabis, ce qui a choqué de nombreux téléspectateurs, au point que France Télévision a reçu de nombreuses plaintes et que le CSA s’est permis de leur adresser un avertissement.

Il est tout d’abord intéressant de noter que ces téléspectateurs auraient pu se contenter de changer de chaîne, mais non, quand quelque chose de « choquant » apparaît à l’écran, il faut que ces braves justiciers de la télé fassent pression pour interdire aux autres de pouvoir regarder ce programme. J’attends impatiemment la diffusion de Breaking Bad sur une heure de grande écoute…

Cela semble anecdotique, et ça l’est sans aucun doute. La télévision, bien qu’ouverte à la concurrence, a toujours été un terrain dominé par l’état où le CSA y fait la pluie et le beau temps. Sauf que derrière la télévision, le gouvernement prépare une loi pour étendre les pouvoirs du CSA à Internet et en faire le nouveau régulateur des écrans. Ce genre d' »anecdotes » prend alors une tournure plus inquiétante.

Comme par hasard, on retrouve la ministre de la culture aux manettes de la régulation d’internet. Il faudrait un jour prévenir nos chers politiques (de gauche comme de droite) qu’internet, c’est autre chose que pirater des films et regarder des tutoriels de bombes artisanales…

En effet, la ministre de la culture Aurélie Filippetti a annoncé que dans le texte à venir le CSA disposerait d’un nouveau service dédié « à la protection de l’enfance et de l’adolescence et au respect de la dignité de la personne ». Règle numéro 1 en politique pour faire passer les pires horreurs législatives : trouver un joli emballage plein de bonnes intentions, afin que vous puissiez accuser votre opposant de soutenir le terrorisme pédophile néolibéral.

Le CSA mettra donc en place des « listes » de sites respectant ses critères pour alimenter les logiciels de contrôle parental. Pas de quoi s’affoler jusqu’ici me direz-vous, si ce n’est que le gouvernement britannique nous a devancé sur la question et a décidé qu’au nom de la protection des enfants, les sites pornographiques seraient inaccessibles par défaut. Il est maintenant nécessaire de demander explicitement au fournisseur d’accès de désactiver ce filtre.

Mais ne nous cachons pas, derrière la protection de l’enfance se cache un cheval de Troie pour faire ce que Sarkozy lui-même n’a pas osé : réguler Internet à vue et enfin pouvoir museler ce soit-disant espace de non-droit. Nulle paranoïa excessive de ma part, puisque le blocage sans passer par le juge fera partie de la loi, comme nous l’a confirmé Fleur Pellerin. Le PS retourne sa veste et propose la même chose contre laquelle ils se sont opposés lors des débats HADOPI et LOPPSI.

Prétendre savoir pour les gens ce qui est bon pour eux est une chose. Prétendre protéger les enfants en passant outre leurs parents en est une autre. Mais en plus, confier à une autorité indépendante le pouvoir de censurer à l’envi sans aucun contrôle judiciaire, au motif que des enfants pourraient voir des choses qui ne sont pas adaptées pour eux, c’est un tout autre niveau dans l’échelle de l’Etat-Nounou.