medef-1

Les lubies du MEDEF sur le chômage

Le MEDEF se sent pousser des ailes dernièrement. Le gouvernement, ayant compris que les emplois ne tombent pas des arbres, a décidé que la bataille du chômage se gagnerait en travaillant avec les représentants du patronat – MEDEF en première ligne. On aurait pu croire à un progrès social-démocrate dans un pays malade de sa bureaucratie, mais malheureusement non. Comme on pouvait s’y attendre, le MEDEF fait avancer ses propres intérêts.

On aurait pu croire que le cap symbolique des 5 millions de chômeurs aurait poussé le gouvernement à engager des réformes fortes, mais il n’en est rien. La priorité nous dit-on, c’est d’interdire les sacs plastiques. Ceux qui voyaient une lueur d’espoir dans le fameux « pacte de responsabilité » seront déçus ; alors que son contenu est toujours sujet à spéculations, les partenaires sociaux s’en désolidarisent, les syndicats patronaux critiquant – à juste titre – le compte de pénibilité et les syndicats de salariés dénonçant les postures des premiers.

Qu’il aboutisse ou non, ce pacte de responsabilité n’aura de toute façon qu’un impact limité sur le chômage de masse que nous avons. Le MEDEF fait de la baisse du cout du travail et la simplification du code du travail les remèdes miracles pour résorber le chômage. Ils ont faux sur toute la ligne, et je pense qu’il serait temps de la part des libéraux qu’ils s’en rendent compte s’ils ne veulent pas entretenir la confusion entre marchés et corporatisme.

Le code du travail est souvent cité comme frein à l’embauche, et c’est probablement vrai mais pas pour les raisons que l’on attend. L’instabilité joue un rôle au moins aussi important, j’en veux pour preuve la proposition récente du gouvernement de geler les seuils sociaux temporairement, dont on attendait un accueil positif des patrons mais qui a été quasi unanimement rejetée, parce que cette proposition posait plus de questions qu’elle n’apportait de réponses.

Le code du travail gagnerait à être drastiquement simplifié, certes, mais il ne faut pas croire que cela va créer 2 millions d’emplois magiquement, surtout s’il est toujours changé à une telle fréquence. Il est d’ailleurs amusant de noter que la droite aujourd’hui critique la lourdeur du code du travail, alors que le quinquennat Sarkozy restera dans l’histoire de la plus forte inflation des codes en tous genres.

Ensuite, le cout du travail. Je ne me lasserais jamais de ce sujet, tant que les soit-disant « libéraux » n’auront pas compris que c’est un faux problème. Les pays scandinaves ont un cout du travail bien plus élevé que le notre, et n’ont pourtant pas notre chômage ou notre croissance atone. Cela peut être un facteur d’aggravation dans certains secteurs, notamment pour les entreprises exportatrices, mais notre économie est pour beaucoup faite de consommation intérieure. Baisser les salaires – car oui, baisser le cout du travail signifie baisser les salaires, arrêtons de nous le cacher – dans ces conditions ne fera rien d’autre qu’empirer la situation, l’Espagne et la Grèce nous l’ont montré.

C’est d’ailleurs le drame du CICE – Crédit d’Impôts Compétitivité Emploi – qui est tellement dilué qu’il rate sa cible et se révèle insuffisant pour ceux qui en auraient eu besoin, alors qu’il constitue un formidable effet d’aubaine pour d’autres secteurs qui n’en ont absolument pas besoin comme la grande distribution ou La Poste.

Si l’on veut résoudre le problème du chômage, il y a de nombreuses pistes à explorer. Pourquoi gaspille-t-on des dizaines de milliards dans l’enseignement public et la formation professionnelle pour avoir des résultats aussi désastreux par exemple ? N’y aurait-il pas des effets macro-économiques pervers aux transferts entre les entreprises saines et les secteurs en difficulté que l’état opère pour des raisons électorales ? N’y aurait-il pas un manque de compétition en France, mettant les salariés sous pression par peur du chômage, plus qu’un manque de compétitivité ?

Bref, il y a de réelles questions à se poser, mais malheureusement aucune de ces pistes n’est réellement abordée, car le MEDEF a trop peur d’y perdre des plumes.