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Baisser le temps de travail, une bonne idée ?

De temps à autres, il arrive qu’un invité sur un plateau TV sorte des sujets convenus et pose la question du temps de travail, avec comme argument principal que si l’on ne travaillait que 32 heures au lieu de 35, nous aurions moins de chômage, le tout sans baisser les salaires.

Tout d’abord, petite parenthèse, cela fait toujours extrêmement plaisir d’entendre des personnes comme Pierre Larrouturou poser de vraies questions de fond, même si je ne suis pas d’accord avec sa réponse. N’attendez pas ce genre de débats ni ce genre d’arguments de la bande de saucisses UMP/PS, encore moins venant du FN.

J’aurais cependant deux objections à faire à l’idée de baisser le temps de travail hebdomadaire en France.

Tout d’abord, d’un point de vue purement économique, baisser le temps de travail est un outil qui ne peut s’appliquer que dans un cas très particulier, dont je ne pense pas que la France en réunisse les conditions. Il est évident que l’on ne peut le baisser indéfiniment, et que le ramener à 10 heures par semaines, pour prendre un exemple extrême, serait désastreux économiquement.

N’oublions pas que nous parlons ici de baisser le temps de travail à salaire égal. En clair, même si votre salaire reste identique sur votre fiche de paie, c’est une forte augmentation du salaire horaire. Les entreprises devront donc embaucher plus de personnes et augmenter leurs couts salariaux pour maintenir une productivité constante – ce qui est le but recherché.

Pour que ce genre de mesures ait du sens économiquement, il faut donc que nous soyons dans une situation comme celle des États-Unis, avec une productivité salariale en hausse constante, mais qui au lieu de se retrouver dans les salaires, finit dans les marges des entreprises. En clair, baisser le temps de travail est un outil politique pour redistribuer les gains de productivité des salariés en tapant dans les marges des entreprises. Or, nous ne sommes absolument pas dans cette situation en France : les salaires ont augmenté plus vite que la productivité et les marges des entreprises sont au plus bas.

Les États-Unis ont un problème car leur productivité se traduit en marges et en dividendes et non en hausses de salaires, alors qu’en France ces derniers ont augmenté, notamment durant la crise, sans que ce soit justifié par une meilleure productivité. Sans hausse de productivité, baisser le temps de travail signifiera forcément baisser les salaires ou détruire les marges restantes des entreprises, ce qui les condamneraient à court ou moyen terme.

 

Mon second problème avec cette idée de baisser le temps de travail est qu’il n’y a pas de recherche de la cause de cet écart entre salaire horaire et productivité. Comment se fait-il qu’aux États-Unis, avant les années 60, les deux se suivaient avec une corrélation stupéfiante, mais que depuis le début des années 60, les salaires n’aient pratiquement plus augmenté ?

On ne peut pas mettre cela sur le dos de la dérégulation, puisque le code du travail aux États-Unis est indéniablement plus gros et plus protecteur aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été. Je ne sais pas ce qui a causé ce décrochage des salaires, mais si l’on met le sujet sur la table, il me semble plus pertinent d’essayer de trouver la cause de cet écart plutôt que d’utiliser la loi pour faire du bricolage.

Une des pistes à explorer à mon avis réside dans la bonne vielle courbe de l’offre et de la demande. Si les salaires ne montent plus aux États-Unis, serait-ce lié à un déficit d’entreprises ? Serait-il lié à l’hyper-régulation qui, voulant protéger les citoyens, a au final placé les entreprises restantes en position de force, où ils peuvent faire pression à la baisse sur les salaires sans que les travailleurs ne puissent aller chercher mieux ailleurs ?

 

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