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Résolution pour 2015 : Réhabiliter le terme « Libéralisme »

Traduction de Resolution for 2015: Take Back the Word “Liberalism” par Jeffrey Tucker

 

Pour 2015, j’aimerais reprendre une vieille campagne pour réapproprier le terme « libéral » pour la cause de la liberté humaine. Ou peut-être est-ce trop ambitieux. Peut-être que si chacun de nous contribuait à arrêter de concéder ce terme magnifique aux ennemis de la liberté, ce serait suffisant. Il le leur appartient pas. Il nous appartient.

Ce n’est pas une querelle futile sur une définition, il s’agit d’identifier proprement une magnifique tradition intellectuelle. Le libéralisme est à propos de la liberté humaine et de sa progression graduelle ces 500 dernières années. Ce n’est pas à propos du contrôle par l’État. Pour l’année qui vient, je suis déterminé à ce que cette réalité soit reflétée dans mon propre vocabulaire.

Oui, je sais que c’est une vieille campagne. Ce fut une cause avancée par F.A. Hayek, Leonard Read, Frank Chorodov, John T. Flynn, Milton Friedman, et de nombreux autres.

Mon exemple préféré est celui de Ludvig Von Mises. En 1927, il écrivit un livre nommé Libéralismus. C’était une tentative de donner un nouveau visage aux fondations intellectuelles du mouvement libéral dans son ensemble. À sa connaissance, personne ne l’avait fait avant lui.

« La grandeur de la période entre les guerres de Napoléon et la première guerre mondiale » a-t-il écrit, « était précisément due au fait que l’idéal social poursuivi par les individus les plus brillants était le libre-échange dans un monde constitué de nations pacifiques. Ce fut un âge de progrès inédit du niveau de vie pour une population de plus en plus grande. Ce fut l’âge du libéralisme. »

Quand l’édition anglaise de cet ouvrage fut publiée en 1962, il était inquiet que le terme libéral ne soit perdu. Le livre s’intitula The Free and Prosperous Commonwealth (ndt. n’est pas disponible en français). Très rapidement par la suite, il changea de nouveau d’avis. Il décida de ne pas abandonner ce fameux terme, non par rancœur ou par malveillance, ou parce ce qu’il ne voulait pas accepter que la langue évolue. Il avait décidé que le terme ne pouvait être abandonné.

« L’utiliser est impératif » écrivit-il en 1966, « car il n’existe tout simplement aucun autre terme disponible pour représenter le grand mouvement intellectuel et politique qui a substitué la liberté d’entreprendre et l’économie de marché aux méthodes précapitalistes de production ; les régimes constitutionnels et représentatifs aux rois et aux oligarchies ; et la libération de l’esclavage et de toute autre forme de servitude pour tous les individus. »

N’est-ce pas un merveilleux mélange ? La conviction centrale du libéralisme était que la société contenait en elle-même la capacité de s’auto-gérer. Que l’ordre social soit auto-organisé. Que nous n’avions besoins ni de maitres, ni d’esclaves. Que la société n’avait pas besoin d’être structurée de façon hiérarchique. Que chacun pouvait avoir les mêmes libertés. C’était une idée radicale, qui a construit le meilleur du monde moderne que nous connaissons.

Le libéralisme a sécurisé la propriété privée. Il a mît fin à l’esclavage. Il a apporté l’égalité et la liberté aux femmes. Il a mît fin aux guerres de conquêtes. Il a détruit le système de classes et de castes. Il a libéré l’expression. Il a mît fin à la persécution religieuse. Il a ouvert à chacun des opportunités économiques. Il a jeté l’opprobre sur le despotisme sous toutes ses formes.

Il a mît le consommateur aux commandes de la production. Il a rendu l’éducation, la culture, la détente et même le luxe accessibles aux masses. Il a allongé l’espérance de vie, abaissé la mortalité infantile, augmenté les salaires, mît fin aux épidémies et aux famines, et mît en mouvement l’innovation qui a donné à l’humanité la capacité de voyager, de communiquer, de coopérer comme jamais auparavant comme une seule grande famille. Il a amené la paix.

C’est ce qu’a apporté le libéralisme ! Comment pouvons-nous abandonner ce terme ? Nous ne pouvons pas. Nous ne le ferons pas.

C’est parce que le libéralisme a accomplit autant que le terme lui-même est devenu un tel trophée. Nous avons commencé à le perdre il y a environ 100 ans, quand les partisans de plus de pouvoirs d’État commencèrent à utiliser la libéralisation comme prétexte pour faire avancer leurs intérêts. Petit à petit, le libéralisme désigna l’usage de la loi pour créer des opportunités et améliorer le monde, avec les meilleures intentions du monde. Leurs objectifs étaient les mêmes que ceux du libéralisme, mais les moyens qu’ils utilisèrent étaient complètement antithétiques des idéaux libéraux, voire dangereux.

Les choses devinrent particulièrement compliquées après le crash économique de 1929. Soudain l’économie de marché elle-même était sur la sellette et ceux qui s’identifiaient comme libéraux furent contraints de choisir. La plupart d’entre eux choisirent mal, et le libéralisme grand-public s’acoquina avec l’État obèse et le corporatisme étatiste. À la fin du New Deal, c’était fini. Le terme avait été dérobé et signifiait le contraire de l’idée d’origine.

Durant l’après-guerre, il y avait un nouveau néologisme pour désigner ceux qui s’opposaient à l’agenda politique de ces nouveaux faux libéraux. Ce terme était « conservateur », qui fut un choix de mot très malheureux qui ne signifiait littéralement rien d’autre que la préservation, une idée qui engendre des pulsions réactionnaires. Au sein de cette nouvelle chose appelée conservatisme, des libéraux sincères étaient censés trouver refuge à côté de va-t-en guerre, de prohibitionnistes, d’idéologues religieux et de fascistes culturels.

Ce fut un mauvais mélange.

Après toutes ces années, cette nouvelle forme de libéralisme reste intacte. Elle combine le snobisme culturel avec l’amour des outils étatistes et une dévotion pour imposer la religion civique à tout prix et par tous les moyens. Et, oui, ce peut être extrêmement agaçant. C’est pour cette raison que le terme libéralisme est si souvent employé avec mépris, ce que vous connaissez bien si vous avez au moins une fois regardé Fox News, Rush Limbaugh ou Glenn Beck. Et assez souvent, les attaques de la droite contre le libéralisme sont méritées. Mais quelle est l’alternative que nous offre la droite ? Non pas la libération mais une autre forme de contrôle partisan.

Avec toutes ces confusions, pourquoi ne pas essayer de nouveau de se réapproprier le terme libéralisme ? Encore une fois, il ne s’agit pas de débattre de la définition d’un mot. Il s’agit d’utiliser les moyens appropriés pour construire une société meilleure. Est-ce que le but de la vie politique est de maximiser le degré de liberté dans le monde ou est-ce renforcer le contrôle et la planification centrale de nos vies économiques et culturelles ? C’est la question centrale.

L’autre avantage d’utiliser proprement le terme libéralisme est qu’il donne l’opportunité de mettre en avant des noms comme Jefferson, Adam Smith, Bastiat, Lysander Spooner, Benjamin Tucker, Albert Jay Nock, Rose Wilder Lane, plus la tradition moderne avec Rand, Mises, Rothbard et Hayek, plus les dizaines de milliers de personnes qui ont un désir de liberté de nos jours dans les académies, le monde des affaires, les commentateurs, et le public en général. Ne serait-ce qu’utiliser le vieux terme de la bonne façon fournit une opportunité de discussion.

Il est vrai que le libéralisme de la vielle école a ses problèmes. J’ai du mal avec certaines positions des vieux libéraux, qui font preuve d’une certaine naïveté envers la démocratie, une trop grande tolérance pour le mythe de « l’État Gardien », et une certaine affection latente pour le colonialisme.

Le plus important est que la tradition libérale continue d’apprendre et de grandir, pour se manifester aujourd’hui sous ce que l’on nomme assez maladroitement libertarianisme ou anarcho-capitalisme, tous deux étant considérés à juste titre comme des extensions de l’ancien projet libéral.

Pourtant, même les libertariens et les anarcho-capitalistes doivent se rattacher à l’ancien terme, sinon leur identification devient un néologisme déraciné sans aucune signification historique. Tout projet intellectuel détaché de son histoire est au final condamné à devenir une secte.

Disons la vérité. Le vrai libéralisme est vivant. Plus que jamais. Il a juste besoin d’être nommé. C’est quelque chose que nous pouvons tous faire.