Les libéraux veulent couper les aides des pauvres

Parce que le libéralisme est probablement l’idéologie politique la plus caricaturée dans les médias et dans la culture politique, il me semble nécessaire de faire le point sur quelques-uns des clichés les plus vivaces, et pourtant les plus éloignés de la réalité, qui sévissent encore et toujours.

Le premier, et probablement le plus récurrent, est que nous serions des engeances de Satan descendues sur Terre pour venir couper les aides sociales des plus démunies tout simplement parce que nous ne serions que des égoïstes qui ne veulent pas payer plus d’impôts.

Commençons par le fait que deux des figures les plus importantes du libertarianisme, soit-disant la version « hardcore » de l’ultra-libéralisme anglo-saxon, étaient en faveur d’un système de revenu de base : Milton Friedman et Friedrich Hayek. Le revenu de base est, rappelons-le, l’idée que chacun a droit à un revenu minimum garanti mensuel, quelque soit son métier et quelque soit son niveau de salaire. Si cette idée est la meilleure chose que vous puissiez suggérer lors d’un congrès UMP pour vous délecter des réactions engendrées, vous aurez cependant un grand nombre de libéraux vous dire que c’est une alternative meilleure à la sécurité sociale telle que mise en œuvre aujourd’hui.

Donc, non, les libéraux ne sont pas des mangeurs d’enfants qui veulent leur couper leurs allocations, mais des gens qui sont critiques vis-à-vis de la complexité bureaucratique, de l’inefficacité et du coût des mesures sociales actuelles. Le budget de la sécurité sociale en France représente un tiers du PIB, 10 points de plus que la moyenne européenne, et pourtant il me semble difficile d’affirmer que la France soit un havre de prospérité où personne ne dort dehors.

Permettez-moi d’insister : Un tiers de la richesse nationale produite chaque année est confisquée par l’état au titre de « sécurité sociale ». Je ne sais pas où tout cet argent part, mais il me semble très clair qu’il n’atterrisse pas dans la poche des principaux concernés. Donc, oui, dans ce contexte, il me semble tout à fait légitime de demander une baisse des prélèvements et des dépenses sociales, puisqu’il est évident qu’elles ne remplissent pas leur rôle.

Agiter les chiffres sur la pauvreté n’est pas une carte blanche pour piller les ressources des citoyens. L’état doit montrer que son action est mesurée, efficace, et qu’il n’y a pas de meilleures alternatives, ce qu’il est parfaitement incapable de faire aujourd’hui.

Que faire alors ?

Premièrement, arrêter le mélange des genres. Assurer un service public n’est pas nécessairement synonyme de redistribution. Si l’état veut s’assurer que chacun ait accès à la santé, il y a des moyens de s’en sortir sans créer un gigantesque monopole bureaucratique. Comme j’avais déjà écrit à ce sujet, c’est parce que cette confusion est profondément ancrée dans les esprits que l’on ne peut jamais parler d’ouverture à la concurrence, ce qui pourrait pourtant améliorer la qualité des services actuellement fournis par l’état (éducation, santé, retraite…) sans pour autant en priver les plus démunis.

C’est là où l’idée d’un revenu minimum est intéressante : plutôt que de fournir ce dont les gens ont besoin, l’état pourrait se contenter de s’assurer que personne ne se retrouve sous un certain niveau de revenu, ce qui leur garantirait les moyens financiers de payer pour des différents services dont ils ont besoin.

Et ensuite, poser la question des raisons structurelles qui expliquent la situation sociale dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Comment se fait-il, par exemple, que malgré une éducation soviétisée le principal déterminant de la réussite scolaire reste le niveau de revenu des parents ? Comment se fait-il que le chômage n’est une réalité que pour ceux qui n’ont pas de diplôme supérieur ? Pourquoi fait-on des courbettes à des lobbies, comme les taxis, alors que plus de concurrence signifierait plus d’emplois ?
Une analogie, qui n’est pas de moi mais qui est parfaitement adaptée, est que l’état vient vous casser les genoux, vous offre des béquilles pour pouvoir marcher, et ensuite vous fait remarquer qu’il est extrêmement généreux de vous les avoir offertes.

La pauvreté étant extrêmement corrélée à l’absence d’emploi, il est tout à fait légitime de poser la question de la responsabilité de l’état dans la fabrication des freins économiques qui empêchent la croissance, et donc la création d’emplois. Si les aides sociales sont si nombreuses et si couteuses, c’est aussi parce que l’économie est complètement déréglée et ne fonctionne pas comme elle le devrait. Donc, oui, il faudrait réduire la pression fiscale et le nombre d’aides sociales, mais pas avec de l’austérité bête et méchante qui enlèverait aux moins chanceux le peu qu’ils ont, mais en les réinsérant socialement et professionnellement pour qu’ils n’en aient plus besoin.