manif

Convergence des luttes – L’islam n’est pas une ethnie

Après les attentats à l’encontre de Charlie Hebdo, tout le monde s’est fendu de son analyse personnelle de la situation, et le moins que l’on puisse dire est que l’alliance des progressistes et des intégristes religieux de tous bords dans le monde anglo-saxon pour rejeter la faute sur Charlie Hebdo aurait pu être surprenante, mais elle trahit en réalité une perversion intellectuelle de la part d’une certaine gauche qui, ironiquement, se retrouve enfermée dans ses propres dogmes.

Une des remarques les plus pertinentes qu’il m’ait été donné de lire est que le spectre politique n’est pas une ligne droite entre la gauche et la droite, elle est en réalité en forme de fer à cheval : les centristes/modérés tiennent un discours très similaire, viennent ensuite les partis traditionnels dont les prises de position sont très différentes, et enfin les extrêmes, qui semblent être en totale opposition, mais qui sur des questions précises peuvent « sauter » d’un bord du fer et rejoindre l’autre groupe. L’exemple le plus frappant est la transformation du Front National en un parti ouvrier adoptant les mêmes éléments de langages que l’extrême gauche sur les questions économiques, au point que les syndicalistes de la CGT eux-mêmes se fassent berner. Le raisonnement logique pour parvenir à cette conclusion est certes différent, mais le résultat est pourtant le même. À l’inverse, Georges Marchais luttait contre l’ouverture des frontières, au prétexte que l’immigration était une menace pour les salaires et les droits acquis des ouvriers.

La même logique s’applique ici : étonnamment, la liberté d’expression est tout autant critiquée par les fondamentalistes religieux (jusqu’ici rien de nouveau) que par les progressistes, au nom d’un antiracisme fourre-tout. La satire envers l’islam est à condamner nous dit-on, parce que les musulmans peuvent se sentir offensés, et comme les musulmans sont pour la majorité d’entre eux des personnes de couleur issues de l’immigration, alors réaliser une satire à propos de l’islam est un acte raciste, un « privilège blanc ».

Le niveau de mauvaise foi et le manque de connaissance du sujet est ici tel que je me demande si quelqu’un a réellement conscience de qui est Charlie Hebdo avant de proférer de telles inepties.
Pour commencer, Charlie Hebdo est un journal satirique dont la ligne éditoriale n’est absolument pas un mystère : résolument à gauche, tendance anarchiste. On ne parle pas d’Éric Zemmour ou de Glenn Beck ici, mais d’une bande de soixante-huitards connus pour leur anticléricalisme et leurs dénonciations des horreurs commises par Israël.
Ensuite, regardons de plus près les caricatures en question. Dénoncent-elles des musulmans dans leur pratique quotidienne ? Renforcent-elles des préjugés islamophobes et/ou racistes à propos du peuple musulman ? Non. Les caricatures se moquent le plus souvent les dérives de l’islam radical, à travers les terroristes ou les dirigeants des pays qui ont mis en pratique la charia. D’où le spécial « Charia Hebdo », qui était en réaction à la radicalisation des pays musulmans suite au printemps arabe.
Par ailleurs, n’oublions pas que Charlie Hebdo s’en prenait avec encore plus de virulence aux institutions catholiques. Dessiner Jésus se faisant sodomiser par Dieu est acceptable, mais critiquer les terroristes en les montrant en train d’égorger Mahomet (et donc en représentant les musulmans ordinaires comme victimes des terroristes) est du racisme de privilégié blanc. Il est triste de voir que la gauche, sensée défendre les minorités et combattre les amalgames, n’arrive absolument pas à faire la distinction entre critique de l’islam et racisme. L’islam n’est pas une ethnie, un peuple, une race ou une couleur de peau. L’islam est une religion, un ensemble d’idées qu’il faut critiquer (tout comme la religion catholique). Si les idées défendues sont nocives, il est impératif de le pointer du doigt, peu importe si la personne qui défend ces idées est blanche, noire, marron ou jaune.
Enfin, critiquer les caricatures des terroristes au nom de l’antiracisme est non seulement un amalgame entre « musulman » et « arabe », mais c’est aussi un manque de discernement cruel entre les islamistes radicaux et les musulmans ordinaires. Les musulmans sont, dans le monde, les premières victimes de l’islam radical. C’est dans les pays où la charia est appliquée que les femmes sont les plus en danger. Critiquer la charia, critiquer les terroristes et critiquer les gouvernements islamistes serait de « l’islamophobie », alors que c’est précisément la dénonciation d’une oppression que les musulmans subissent de la part de ces extrémistes. Encore une fois, qui entretient les amalgames ? Pas ceux que l’on croit.

Le manque de second degré de la gauche anglo-saxonne est assez frappant. Y a-t-il un problème de racisme dans les pays occidentaux ? Oui, absolument. Mais constamment analyser la situation en classant les gens par groupes ethniques et religieux empêche de regarder les détails de cas particuliers qui sont un peu plus complexes que « Ce sont des blancs donc ce sont des racistes privilégiés ». Le droit n’est pas à géométrie variable pour accomplir un rêve humide d’égalité parfaite entre certains groupes arbitraires. Quelque soit votre origine ou couleur de peau, un meurtre est un meurtre, et ce n’est pas la faute des victimes. Certains feraient bien de ne pas l’oublier si facilement.