Les jeunes libertariens américains, de moins en moins conservateurs

Le Cato Institute et la Heritage Foundation, deux organisations respectivement libertarienne et conservatrice, ont organisé un évènement où ils ont eu l’opportunité de débattre de nombreux sujets, et en guise de conclusion un sondage a été réalisé auprès des spectateurs sur ce qu’ils ont pensé du débat, et quelles sont leurs opinions personnelles sur les sujets abordés.

Ce sondage n’a certainement pas la prétention d’être une étude représentative quelconque, mais elle permet de dessiner des tendances nettes, et de mieux comprendre comment est-ce que les jeunes libertariens se positionnent sur des sujets clés. L’enseignement que j’en retiens est que le fossé entre libertariens et conservateurs se creuse, et ce n’est pas une chose dont je vais me plaindre.


Alors que les jeunes libertariens s’identifient toujours comme « proches » des idées des républicains (63%), seuls 43% d’entre eux ont voté pour Mitt Romney en 2012 face à Gary Johnson (19%) et Barack Obama (6%).

Une entente sur l’économie et les impôts…

Les proximités idéologiques se retrouvent (sans surprise) sur de nombreux points économiques.

À plus de 90%, les deux groupes soutiennent la nécessité de donner plus de marge de manœuvre à l’économie de marché, l’idée que l’intervention du gouvernement produit plus de dégâts qu’il n’aide réellement, ainsi que le souhait de vivre dans une société où le gouvernement prélève moins d’impôts et fournisse moins de services publics. Tous deux sont opposés à l’augmentation des impôts pour les ménages gagnant plus de 250 000$ par an.

Mais une fois que l’on aventure hors des questions économiques et fiscales, on observe de nets écarts sur des questions clés.

… mais un divorce religieux

Le graphique ci-dessous reprend trois questions hautement médiatisées ces dernières années, à savoir la promotion des valeurs traditionnelles, le mariage homosexuel et l’IVG. D’autres questions soulignent aussi un désaccord, comme le rejet unanime par les libertariens de plus de place accordée à la religion dans la politique (96% se disent opposés à cette idée contre 28% des conservateurs), ou la nécessité d’accepter les personnes qui ont des valeurs morales différentes (96% de soutien contre 54% des conservateurs).

D’ailleurs, plus de 40% des libertariens (pour 2% des conservateurs) déclarent ne pas avoir de religion, ce qui est un chiffre étonnamment élevé pour un groupe politique américain.

Note : à peine plus de 53% des jeunes libertariens en faveur de la légalisation de l’IVG reste un pourcentage faible dans l’absolu. C’est un sujet qui partage aussi les démocrates américains, avec seulement 67% d’entre eux en faveur d’une légalisation.

Drogues et conflits raciaux

Sur la question des drogues les conservateurs restent partagés quant à la dépénalisation du cannabis ou la remise en question des peines planchers (cf graphique à droite), là où les libertariens considèrent unanimement que les sentences vont trop loin et que les drogues, même la cocaïne, devraient être légalisées (même s’ils sont 54% à souhaiter un encadrement légal).

Comme l’actualité l’a prouvé, les problèmes de drogue sont fortement liés aux problèmes raciaux, et les différences de dynamiques entre libertariens et conservateurs se confirment ici, notamment sur le slogan très emblématique de « Black Lives Matter« .

Ils sont seulement 13% (contre 68% des conservateurs) à penser que le système judiciaire traite de façon égale les noirs et les blancs, et 85% (contre 32%) à penser que les policiers sont plus prompts à faire usage de la force à l’encontre des noirs que des blancs.

Surveillance généralisée et interventions militaires

Encore un point de divergence très symbolique : Edward Snowden, qui a révélé les écoutes illégales de la NSA sur le reste de la population, est considéré comme « traite à la nation » par 83% des conservateurs, même si moins de 50% d’entre eux considèrent ces écoutes comme légitimes.

Sans surprise, les libertariens sont pour une présence militaire décrue dans le monde, et les conservateurs voudraient au moins conserver le niveau d’intervention actuel.

De même, seule une minorité de libertariens (22% contre 85%) soutient l’intervention militaire à l’encontre d’ISIS, ils s’opposent unanimement (96% contre 56%) à la militarisation de la police américaine, et considèrent à 96% (contre 32%) que la défense devrait participer aux efforts de réduction du déficit budgétaire.

Immigration et libre-échange

Là encore, pas de réelle surprise. Les conservateurs restent très sceptiques sur l’idée de laisser entrer plus d’étrangers sur le sol américain, avec des idées… préconçues (restons polis) sur les mexicains.


Cependant, la différence n’est pas aussi nette sur les questions de libre-échange. Si les libertariens restent cohérents, et sont sans exception en faveur d’un plus grand libre-échange. 93% d’entre eux affirment ne pas avoir d’état d’âme à acheter un produit moins cher produit à l’étranger, plutôt qu’un produit américain, alors que 37% des conservateurs préfèrent acheter local.

Conclusion

Comme je l’ai écrit précédemment, ce sondage montre que libertariens et conservateurs ne sont pas souvent sur la même longueur d’onde. Même s’ils ont de réels points d’accroche, ce sont deux philosophies politiques distinctes, et ce débat donne quelques éléments chiffrés pour l’illustrer.

Je suis personnellement globalement content de ces résultats. L’ironie est que malgré un profil plus « jeune homme blanc diplômé », les libertariens sont bien plus en faveur des mesures qui feraient avancer la justice sociale.