Le cynisme des politiques sur la crise des migrants

Si l’année dernière marquait un triste record en matière de naufrages dans la Méditerranée, cette année réussit le triste exploit d’être encore pire. Et si cela ne suffisait pas, il faut maintenant supporter l’affront des politiques qui viennent nous expliquer qu’il est impératif d’agir tout en prenant bien soin de ne rien faire.

 

Commençons par Éric Ciotti, l’idiot utile de la franche nationaliste des Républicains, qui réussit le tour de passe-passe intellectuel subtil d’être à la fois indigné par la photo de l’enfant syrien mort, alors que trois jours auparavant il appelait à plus de fermeté dans la protection des frontières.

Nicolas Sarkozy, de son côté, drague en eaux profondes dans les abysses du Front National, et va jusqu’à comparer les migrants à une « fuite d’eau« . Je vais lui laisser le bénéfice du doute quant au mauvais jeu de mots entre « fuite d’eau » et « nous allons battre le record historique du plus grand nombre de décès de migrants dans la Méditerranée ».

Xavier Bertrand quant à lui se lamente du sort des pauvres bâches que les immigrés clandestins abiment quand ces derniers essaient de traverser la Manche par l’Eurotunnel. Il devrait demander comment font les autrichiens, qui ont retrouvé un camion-charnier à l’intérieur duquel soixante-et-onze cadavres ont été retrouvés en train de pourrir. Les bâches autrichiennes semblent être mieux traitées que les bâches françaises.

Jean-François Copé part, lui, en roue libre contre le RSA et demande à ce que les bénéficiaires justifient d’une présence minimale sur le territoire français. Seul hic : c’est déjà le cas. Hortefeux de son côté s’imagine que les immigrés en situation irrégulière ont le droit à un traitement de faveur. Surprise : c’est encore faux.

Outre-Manche, l’extrême droite britannique ressuscite le mythe du « Grand Remplacement », thème favori des populistes de droite qui fantasme que les immigrés arabos-musulmans vont remplacer la population blanche-catholique au fur et à mesure que les générations passent. Là encore, difficile d’ignorer les faits : on estime qu’au début de l’année à peine plus de 4 millions de syriens ont quitté leur pays pour trouver refuge en premier lieu pour l’Égypte et pour la Turquie. L’Europe ne reçoit que quelques centaines de milliers de réfugiés, soit un bien faible pourcentage.

Si la droite est unanime dans sa critique du « laxisme » socialiste en matière d’immigration, il faudrait qu’elle calme ses ardeurs et garde à l’esprit que François Hollande n’a pas changé les lois sur l’immigration, et que donc les règles soit-disant « laxistes » sont l’héritage des années Chirac et Sarkozy. Mais c’est de la faute aux socialos vous dit-on.

 

La droite n’a pas le monopole de la bêtise sur le sujet. Manuel Valls et Christiane Taubira ont beau tous les deux avoir exprimé leur indignation et leur tristesse face au dernier naufrage, ils ne réussiront pas à faire croire qu’ils sont extérieur au gouvernement et n’ont aucune marge de manœuvre pour organiser un meilleur accueil.

Mais personne au gouvernement ne semble vouloir prendre le problème à bras le corps. La priorité est de chouchouter le lobby agricole. De lancer un grand débat national sur la place de la viande dans la restauration scolaire. De parler baisse d’impôts. De s’affoler sur la hausse des accidents de la route en juillet. 58 morts supplémentaires c’est affreux voyez-vous. Mais 2 700 morts en Méditerranée, ce n’est qu’une statistique.

Personne au sein du gouvernement, ni parmi les médias, pour poser une question aussi idiote que cruciale : Pourquoi est-ce les réfugiés paieraient-t-ils 4 000 euros un passeur pour traverser la mer dans des conditions périlleuses, alors que pour un dixième du cout ils pourraient tout simplement prendre l’avion ? La réponse, dénichée par Daniel Bier, est qu’une directive européenne pousse les compagnies aériennes à jouer les flics, et interdit de facto aux réfugiés de prendre l’avion.

Laissez-moi reformuler : les 2 700 morts en Méditerranée sont un choix politique, pas un accident.

 

Non seulement les politiques ont le culot de venir étaler leurs bons sentiments sur tous les médias avides d’audimat, mais ils sont à l’origine de cette crise fabriquée de toutes pièces par leur incompétence crasse. La crise des migrants n’existe que parce que les politiques ont décidé qu’ils ne pourraient pas prendre l’avion. Parce qu’ils ont décidé que certaines personnes ont le droit de résider sur le territoire, et d’autres non (indice, c’est drôlement corrélé à la couleur de peau, mais pas d’amalgames, hein).

La meilleure chose que les gouvernements puissent faire à ce stade, c’est reconnaitre leur incompétence crasse, et arrêter d’interférer.