Quand Robin des Bois marche sur la tête

Robin des Bois, le héros de Sherwood qui prenait aux riches pour redonner aux pauvres ce qui leur était dû, ne fonctionne pas toujours dans cet ordre précis. Tous les programmes publics ne taxent pas les plus riches pour aider les plus pauvres, il arrive que l’exact opposé se produise, et il est important de savoir comment identifier ces cas de figures. C’est ce que les économistes appellent l’effet « Robin des Bois à l’envers ».

Lorsque l’état finance un service, il faut toujours se poser les trois questions suivantes :

  1. Quel groupe paie l’impôt qui sert à financer ce service ?
  2. Quel groupe bénéficie en premier de ce service ?
  3. En soustrayant le second du premier, qui profite du service au profit de qui ?

Prenez l’assurance chômage.
Qui la finance ? Tous ceux qui travaillent, en proportion de leur salaire. Donc, plus vous avez un salaire élevé, plus vous contribuez à l’addition finale, et inversement.
Qui en profite ? Tous ceux qui sont au chômage, mais ce dernier ne frappe pas tout le monde de façon égale. Moins vous êtes qualifié, plus vous êtes susceptible de dépendre des allocations chômage (même si vous touchez des allocations moins généreuses).

Donc, l’assurance chômage est un programme payé surtout par des personnes bien payées et confortablement installées dans l’emploi, au bénéfice de ceux pour qui ce n’est pas le cas. Robin des Bois fonctionne dans le bon sens si je puis dire, puisqu’il prend aux plus aisés pour redonner au moins favorisés.

 

À l’opposé, parlons des subventions à la culture, en particulier pour l’opéra.
Qui la finance ? Tout le monde, à travers les impôts locaux en particulier, et diverses subventions d’état dont les sources divergent.
Qui en profite ? Allez faire un tour à l’opéra pour le constater vous-même. Disons que ce n’est pas un passe-temps courant dans les milieux populaires.

Donc, les subventions à la culture taxent tout le monde pour financer quelque chose dont les plus aisés bénéficient avant tout. Robin des Bois s’est quelque peu emmêlé les pinceaux semble-t-il.

 

En quoi est-ce un problème ? Ça l’est, car philosophiquement j’ai du mal à concevoir que quiconque au-dessus d’un certain niveau de revenus puisse toucher un seul euro de l’état. Si vous faites partie des plus riches, vous n’avez aucune justification qui tienne la route pour venir me demander de subventionner vos goûts de riches. Il n’y a aucune justification qui tienne la route pour que quelqu’un qui paie des impôts voit cet argent atterrir dans des poches plus fournies que les siennes (petite parenthèse, c’est une des raisons pour lesquelles j’aime l’impôt négatif, puisqu’il respecte strictement cette règle).

Or, financer des services qui bénéficient majoritairement à une population aisée est un transfert d’argent qui ne dit pas son nom. Et, malheureusement, la liste des services qui correspondent à ce critère est beaucoup plus longue qu’on ne l’imagine. Considérez ces deux exemples :

L’université gratuite ? Payée par tout le monde, elle bénéficie à une audience absolument pas représentative de la population générale. La majorité des étudiants viennent de familles qui pourraient payer de leur poche l’enseignement supérieur. Les classes moyennes et supérieures sont les grandes gagnantes de l’université gratuite.

Le CICE ? Payé par tout le monde (une hausse de la TVA), il s’est transformé pour une bonne partie en hausses de salaires (ce n’est pas moi qui le dit, mais ces ultra-libéraux de l’OFCE1). Donc, c’est une subvention payée par ceux qui ne travaillent pas au profit de ceux qui travaillent.