Évolution de « libéral » et positionnement politique

Je réponds à deux questions qui m’ont été posées sur Ask. Si vous en avez vous aussi, le lien est dans la description. On me demande souvent quelle est la différence entre le libéralisme et le libertarianisme et où ils se situent sur le curseur gauche/droite.

Pour y répondre, faisons un brin d’histoire :

Historiquement, le libéralisme (qui existe toujours sous le nom de « libéralisme classique ») défendait un état minimal et régalien, n’intervenant ni dans les affaires personnelles ni économiques. On cite souvent Frédéric Bastiat ou Adam Smith pour le volet économique ou John Locke pour l’aspect philosophique. Il est d’ailleurs intéressant de noter que Bastiat siégeait à gauche de l’assemblée, malgré qu’il fût l’un des seuls à prôner le libre-échange. Après avoir totalement disparu du paysage politique français, il réapparaît progressivement chez certains militants, notamment au centre-droit, mais n’a pas d’élu ou de parti à proprement parler. C’était aussi le libéralisme du début des USA, avant que le terme ne change radicalement.

Aujourd’hui, « liberal » désigne paradoxalement les sociaux-démocrates aux USA. Ils croient en un état régulateur fort, sont en faveur de plus d’état-providence comme l’Obama Care, et de relances keynésiennes lors de périodes de crise comme le très connu New Deal de Roosevelt. Il y a une différence fondamentale entre les keynésiens et les autrichiens sur le rôle économique du gouvernement. Les keynésiens croient que la concurrence est bénéfique mais qu’il faut un état fort pour en réguler les excès, là où les autrichiens pensent que les marchés finissent toujours par s’équilibrer d’eux-mêmes et que donner les pouvoirs d’intervenir à l’état ne fera que générer des crises plus graves.

En France de nos jours, « libéral » est souvent associé au mouvement « libéral-conservateur » à droite de l’échiquier politique. Plusieurs élus s’en reconnaissent, même si ses contours sont assez difficiles à cerner, car certains sont keynésiens, d’autres autrichiens, certains veulent plus d’état providence, d’autres moins, etc. Le spectre est assez large, puisque l’on pouvait dire à une certaine époque que le Front National défendait certaines idées libérales, même si ces idées sont généralement plus présentes chez les modérés et les centristes. Beaucoup de libéraux-conservateurs se définissent eux-même comme libéraux sur l’économie et conservateurs sur les mœurs. Ils existent à travers le Parti Libéral Démocrate par exemple et quelques figures connues comme Charles Begbeider ou Arnaud Dassier.

Toujours aux USA, le mouvement libertarien est apparu relativement récemment, débuts 1970, en opposition au changement du sens de « liberal ». Ils sont autrichiens plutôt que keynésiens, adeptes d’un état minimal, d’une constitution forte et de réformes radicales pour plus de liberté (individuelle comme économique, car ils ne font pas de distinctions entre les deux). La figure la plus connue est Ron Paul, candidat à la présidentielle 2008.

Le positionnement des libertariens n’est pas évident, car même s’ils sont issus historiquement des républicains, ils en prennent de plus en plus leurs distances, surtout après les années Bush. La nouvelle génération américaine, plus ouverte aux idées d’économies de marché, voit arriver un éventail plus large de libertariens, surtout après la déception qu’a engendré Obama sur la guerre en Afghanistan, sur liens entre pouvoir et grandes corporations et les programmes liberticides type drones ou PRISM.

Ce mouvement est malheureusement inexistant en Europe, mis à part le Royaume Uni, qui a une certaine proximité culturelle avec les États-Unis.

 

Et enfin, certains libertariens vont même jusqu’à prôner la suppression totale de l’état. On les appelle volontairistes ou anarcho-capitalistes car ils pensent que l’état est illégitime dans sa structure même et qu’il serait plus juste et plus efficace de faire accomplir ses fonctions de manière volontaire, même la justice et la sécurité. C’est un mouvement plus récent et qui prend en ampleur, même s’il n’a pas de représentation politique.

Mais n’oubliez pas, ces définitions sont volontairement simplifiées, j’essaie juste de dresser un rapide portrait des différents termes et des différentes familles libérales.