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Les riches sont encore plus riches, merci la Fed !

La nouvelle qui a ébranlé Internet en janvier dernier a été la parution de cette étude d’Ofxam sur les inégalités dans le monde, qui montre que les 85 personnes les plus riches possèdent autant que les 50% les plus pauvres à l’échelle de la planète.

Comme d’habitude, il y a ce que l’on voit, ce chiffre complètement invraisemblable, et ce que l’on ne voit pas, c’est à dire les causes de cette montée soudaine des plus riches. Vous me permettrez d’être cynique, car j’ai envie de répondre : On vous avait prévenus. Depuis la crise de 2007, la réserve fédérale américaine a mis en place une politique monétaire non conventionnelle pour calmer la récession. Les analystes ont expliqué que cela perturbait les pays émergents. Ils ont anticipé la montée des fortunes à cause de cette politique. Et que s’est-il passé lorsqu’Ofxam a publié les chiffres sur les plus riches ? Tout le monde s’est ému, a blâmé la dérégulation financière, l’économie de marché, mais personne n’a vu l’éléphant dans le couloir.

Quel lien avec la politique de la Fed ? Il faut savoir que depuis le début de la crise, Ben Bernanke a lancé un programme de Quantitative Easing (les fameux QE). Cet argent a été nouvellement créé – puisque c’est le rôle des banques centrales – pour deux raisons principalement : la première étant d’alléger le poids de la dette fédérale et la seconde de relancer l’investissement des entreprises. Les QE sont, pour faire simple, émis sous la forme de crédit dont le taux est fixé par la banque centrale, pour un total de 85 milliards de dollars par mois.

Mais sur la méthode, les QE sont différents des politiques traditionnelles. Normalement, lorsque l’on augmente la masse monétaire (c’est à dire vulgairement quand on imprime des billets), les prix montent dans les mêmes proportions, ce que l’on appelle l’inflation. Or, l’inflation de ces deux dernières décennies atteint des taux historiquement faibles.

Pourquoi cette contradiction ? Tout simplement parce que ces crédits ne se retrouvent pas dans l’économie dite « réelle », c’est à dire les produits de consommation courante. Ces crédits sont utilisés pour acheter directement des actions d’entreprises. Sur ce marché, effectivement, on observe une inflation : les indices type S&P (le CAC40 américain) sont à des niveaux astronomiques au regard de l’état de l’économie américaine.

L’idée avancée officiellement est que cet argent, injecté sous forme de capitaux, va doper l’investissement des entreprises, créer des emplois à court terme et de la croissance à plus long terme. Je ne vais pas me pencher sur l’efficacité de cette politique aujourd’hui, je vous laisse à la littérature abondante qui existe sur le sujet.

Ma préoccupation est que certes, cette politique dope l’investissement des entreprises, mais elle a un terrible effet pervers. Si les QE font monter le prix des actions, à qui est-ce que cela profite ? Les fameux 85 hommes les plus riches du mondes ne sont pas assis sur des tas d’or, sur de grandes villas, sur d’immenses propriétés terriennes ou des Bitcoin. Ils sont tous à la tête de conglomérats d’entreprises, et le plus gros de leur fortune n’est autre que la valeur des parts qu’ils détiennent dans ces corporations. Doublez la valeur de ces actions, et vous doublez la fortune des plus riches de ce monde.

Le public a un biais anti-marché. Cela a été abondamment documenté, notamment par l’économiste Bryan Caplan. Mais à ce stade, nous dépassons le simple biais : c’est de l’aveuglement. Oui, l’économie de marché créé des riches. Mais pas si riches. Pour être super-riche, il faut que l’état donne un coup de pouce. Difficile de dire que les banques centrales sont le produit de l’utralibéralisme dérégulé. C’est l’outil des états pour garder le contrôle de la monnaie.

Je trouve juste très hypocrite de la part du public et de la presse d’ignorer les avertissements continus des experts sur les mauvaises politiques de la Fed pour ensuite venir crier aux affres de la dérégulation. C’est ce qu’il s’est produit pour les subprimes en 2007, c’est ce qu’il s’est produit pour les inégalités en 2013.

Photo Wikipedia

ERRATUM Vous entendrez « 83 personnes » et non 85 sur l’enregistrement, c’est bien 85, mais je me suis rendu compte de l’erreur trop tard.