Rose Wilder Lane

Traduction de Rose Wilder Lane par le Cato Institute.

 

Les lecteurs du livre pour enfant « La petite Maison dans la Prairie » de Laura Ingalls Wilder connaissent déjà l’auteur libertarienne Rose Wilder Lane sous le nom de « baby Rose », dont la naissance et les premières années sont racontées dans The First Four Years.

Née sur la frontière, dans le territoire américain du Dakota, la famille de Rose Wilder a quitté le territoire de la Floride après avoir survécu à la diphtérie, aux mauvaises récoltes, et même à la perte de leur maison lors d’un incendie. Ils y sont retourné et sont restés pendant deux ans dans une maison louée, durant lesquels Rose apprit à lire en quelques mois dans une petite école locale, avant de partir pour Mansfield dans le Missouri dans une roulotte. Ici, la famille Wilder acheta un terrain surnommé Rocky Ridge par Laura et construisit la maison dans laquelle « La Petite Maison dans la Prairie » serait écrit plus tard.

Trouvant le niveau de l’école de Mansfield insuffisant, Wilder, avec l’approbation de sa mère, resta à la maison pour s’instruire par elle-même. Elle retourna à l’école pour quelques mois seulement en 1903-04 et obtint son diplôme d’études secondaires (ndt équivalent de notre baccalauréat) pendant qu’elle vivait avec sa tante en Louisiane.

La vie d’adulte de Rose, bien que moins connue, est au moins aussi excitante que les aventures racontées dans les livres de sa mère. Dans un ouvrage autobiographique pour le Federal Writers Project, Lane décrivit son expérience :

J’ai été commis de bureau, télégraphe, journaliste, rédactrice, rédactrice publicitaire, vendeuse de terres agricoles. J’ai tout vu des Etats-Unis et quelques endroits au Canada et aux Caraïbes ; toute l’Europe sauf l’Espagne ; la Turquie, l’Egypte, la Palestine, la Syrie, l’Irak jusqu’à Bagdad, la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan.

Elle omet de la liste ses neuf ans de mariage à Claire Gillette Lane, qui dura de 1909 à 1918, et durant lesquels Lane donna naissance à un fils qui mourra peu après. Lane voyagea à travers tous les Etats-Unis avec son mari et travailla comme reporter pour le San Fransisco Bulletin. Son premier roman, Diverging Roads, fût publiée en feuilleton dans le Sunset Magazine et publiée en livre en 1919. Elle a aussi écrit de nombreuses biographies – son premier livre était sur la vie d’Henry Ford – dont la première jamais écrite sur Herbert Hoover en 1920. Son travail de recherches pour ce livre noua une amitié entre elle et Hoover qui durera plus de 40 ans.

Les longs voyages auxquels elle se réfère incluent quelques travaux comme reporter à San Francisco et comme publicitaire à la Croix Rouge à Washington D.C., de même que plusieurs mois dans un Greenwich Village de New York, où elle s’impliqua dans des mouvements socialistes radicaux. Après la première guerre mondiale, elle fût envoyée aux Balkans par la Croix Rouge pour y enquêter sur les conditions de vie ; ses rapports furent publiés dans le Bulletin de la Croix Rouge. Elle resta un moment dans l’ancienne Union Soviétique, une expérience cruciale qui la secoua et détruisit sa sympathie pour le communisme. Finissant ses travaux pour la Croix Rouge en 1922, elle fit un tour d’Europe et du Moyen-Orient, avec un interlude de retour dans sa ferme familiale dans le Missouri en 1924-25 pour écrire de nombreuses histoires à propos des Ozarks, dont l’ouvrage à succès Hill Billy. Elle visita à de nombreuses reprises l’Albanie, où elle fût témoin d’une révolution et refusa de se marier à Ahmet Zogu, le futur Roi Zog I.

De retour de façon plus durable aux États-Unis vers la fin de la décennie, Lane devint une auteur prolifique de courtes histoires, de romans, d’articles de magazines, écrivant pour des publications comme Harper’sLadies’ Home Journal et le Saturday Evening Post. Durant cette période, elle a entamé une longue collaboration avec sa mère, qu’elle encourageait à écrire des histoires à propos de son enfance dans dans le Far West. De combien Lane a influencé l’écriture de ces histoires, qui deviendront plus tard la série de « La Petite Maison », est sujet à débats. Il est généralement admis qu’elle a abondamment modifié les notes et journaux de sa mère, et dans sa biographie controversée de Lane, Ghost in the Little House, William V. Holtz écrit que les modifications de Lane étaient si importantes qu’elle devant être considérée comme co-auteur et non éditrice de la série La Petite Maison.

Lane a renié publiquement son attirance jeune pour le socialisme dans un long article en 1963 dans le Saturday Evening Post intitulé « Credo », qui fût réimprimé par la suite comme pamphlet Give Me Liberty. Elle y décrit sa désillusion – ainsi que celle de ses amis russes – vis à vis du nouveau régime soviétique, ainsi que des anecdotes sur la paperasserie bureaucratique qu’elle a pu découvrir sur les marchés parisiens et le comportement de la police de Budapest envoyée pour appliquer de force des codes de travail. La planification centrale de l’économie, tels lui avaient appris son expérience et ses voyages, était tout aussi incompatible avec la prospérité qu’avec la liberté individuelle. Dans son essai autobiographique pour le Federal Writer’s Project, elle s’exprima ainsi sur son changement de sensibilité :

En 1917 j’étais une convertie, sans être une pratiquante du communisme. En Russie, pour certaines raisons, je ne l’étais pas et l’ai dit comme tel, mais mon opinion sur le bolchevisme a rendu tout plus agréable quand la Cheka m’a arrêté plusieurs fois.

Je suis maintenant une américaine fondamentaliste ; donnez-moi du temps et je vous expliquerai pourquoi est-ce que l’individualisme, le laissez faire et l’anarchie à peine contenue du capitalisme offre les meilleures opportunités pour le développement de l’esprit humain. Aussi, je vous raconterai pourquoi est-ce que la relative liberté de l’esprit humain est meilleure (et plus productive, même sous l’angle matérialiste) que le communisme, fascisme, ou toute autre organisation rigide ayant un quelconque objective matériel.

Les écrits de Rose reflètent son inquiétude grandissante envers l’intrusion du gouvernement dans les libertés individuelles. Son roman pionnier de 1938 Free Land, dont les royalties financèrent l’achat de sa maison dans le Connecticut, sera sa dernière fiction publiée. Durant le début des années 40, elle écrivit des articles focalisés sur l’individualisme, la couture, et de temps à autres pour Woman’s Day et d’autres magazines. Elle commença par ailleurs à travailler sur The Discovery of Freedom, qui d’après elle fût écrit d’une traite. En 1945, elle commença à écrire pour Review of Books du National Economic Council. Une correspondance avec Ayn Rand qui durera plusieurs années commença quand Rand envoya une lettre de remerciements pour sa critique favorable de The Fountainhead dans cette publication.

Lane n’était pas seulement une théoricienne, mais aussi une activiste. En 1945-46, elle mena une campagne contre l’introduction du zonage, qu’elle voyait comme une violation des droits de propriété individuelle, dans sa ville. Elle s’occupa de ses propres plantations durant la guerre pour éviter le rationnement, et quitta par la suite son poste éditorial au National Economic Council pour ne pas payer de cotisations de sécurité sociale. Sa prémonition sur l’instabilité de ce système était éblouissante : tout au long des années 50 elle le décrivit comme instable et un « schéma de Ponzi ». Lane expliqua à ses amis qu’il serait immoral de sa part de prendre part à un système qui de façon prévisible courrait à sa perte, comme l’exemple de la République de Weimar l’avait convaincue.

En 1958, un homme nommé Robert Le Fevre, qui fût fortement influencé par The Discovery of Freedom de Lane, lui demanda de venir visiter son « école de la liberté », qu’il avait fondée pour promouvoir les principes individualistes dont il disait avoir appris de Lane. Elle y deviendra à la suite maîtresse de conférence durant de nombreuses années.

A l’âge de 78 ans, Lane travaillait comme correspondante de guerre au Vietnam-Sud pour Woman’s Day. A sa mort en 1968, elle préparait un nouveau tour du monde de trois ans.

L’influence The Discovery of Freedom a été atténué par sa non-disponibilité durant de nombreuses années – Lane refusait qu’il soit réimprimé tant qu’elle ne l’avait pas profondément révisé et corrigé, un projet inachevé qui occupa une grande part de son temps durant ses dernières années. Cependant son impact sur une génération de défenseurs de la liberté fût important. Elle donna l’inspiration à son avocat Roger Lea MacBride, qu’elle considérait comme son « petit-fils adoptif », pour écrire une suite aux livres « La Petite Maison » à propos de Lane, « The Rose Years ».

La correspondance importante de Lane eût aussi un impact, même si souvent Lane elle-même n’en mesurait pas l’enjeu jusqu’à plus tard. En 1958 elle écrivit à un correspondant de longue date, l’homme d’affaires Jasper Crane :

Il y a vingt et un an […] je passais tout mon temps, tous les jours, sur ma machine à écrire à répondre à la moindre « piste » que je pouvais trouver. Par exemple : j’ai entendu un « débat » lycéen entre tous les pro-New Deal à la radio, et ai écrit à chacun d’eux. Un a répondu, avec toutes les notions d’état-providence collectiviste qui avaient été mises dans sa tête, mais il ne semblait pas manquer d’intelligence, alors j’ai continué de lui écrire durant quelques mois, apparemment sans effet, pour au final ne pas recevoir de réponse. Maintenant il est devenu rédacteur du National Review, expliquant aux gens que j’ai (par mes lettres) changé sa vie toute entière.

Lane a changé de nombreuses vies, à travers ses écrits et à travers son exemple personnel. S’il est vrai que, tel qu’elle l’a écrit dans Give Me Liberty, « l’individualisme a la force de résister à toutes les attaques », Rose Wilder Lane aura aidé à le concrétiser en prêtant de ses propres forces aux individualistes de tous lieux.