Pas de sécu aux USA – Vraiment ?

Les États-Unis ont probablement le pire système de santé qui soit parmi les pays développés. C’en est d’ailleurs devenu le Point Godwin des discussions politiques : toute référence faite aux États-Unis, quelque soit le sujet, donnera lieu à une remarque du style « Tu veux que les pauvres n’aient pas accès aux soins comme aux USA ! »

Heureusement, nous disposons grâce à Eurostat de données complètes sur le sujet, qui se trouvent être riches d’enseignements.

Premier cliché mis à mal, les États-Unis n’auraient pas système de santé public. En 2009 pourtant, 49% des dépenses de santé étaient couvertes par l’état et 34% par les assurances privées. En France sur la même année, 78% des dépenses étaient couvertes par l’état et 14% par les assurances privées. Certes, le système américain n’est pas aussi généreux que le système français, mais il est faux de dire qu’il n’y a pas de sécurité sociale aux États-Unis comme beaucoup l’affirment, y compris de nombreux politiques.

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Second cliché mis à mal, le problème de la santé aux États-Unis pourrait être résolu avec plus de dépense publique. Là encore, il faut regarder les chiffres, et ne pas s’arrêter aux pourcentages. En réalité, si 49% de la dépense de santé américaine est publique, il ne faut pas s’arrêter sur ce nombre mais se demander « 49% de combien ? » Car toujours selon Eurostat, on constate une énorme différence sur le budget de santé total entre les États-Unis et la France. Pratiquement 17% du PIB pour les USA contre 11% pour la France. Si l’on reprend les pourcentages précédents, cela signifie donc que l’état américain a dépensé en 2009 en moyenne 3700$ par habitant, et la France à peine 3100$ sur la même période.

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Il y a plein de reproches à faire au système de santé américain. Mais prétendre que par un coup de baguette magique il suffirait de nationaliser les assurances privées pour éteindre l’incendie, c’est n’avoir aucune connaissance des faits. Le problème de leur système de santé n’est pas de manquer de dépense publique, il y en a plus qu’en France. Le problème en réalité est que la dépense totale est bien trop importante. De nombreuses raisons à cela, mais je vais en citer quelques unes en particulier, qui sont directement liées à l’action de l’état américain.

Il y a des exemples qui sont flagrants comme les brevets pharmaceutiques, qui rendent légalement impossible la commercialisation de médicaments génériques. Oui, les brevets dopent la recherche sur les médicaments, mais ils instaurent des monopoles sur 20 ans et les prix sont fixés par les laboratoires, à leur bon vouloir, sans craindre de concurrence.

Au jeu de la régulation qui protège le laboratoire, on peut aussi citer des restrictions draconiennes sur les importations de médicaments. Il ne s’agit pas de simples normes sur leur composition, mais de bonnes vieilles barrières à l’import comme les quotas et les tarifs, comme nos chers politiques en rêvent pour d’autres secteurs.

Et enfin, les professionnels de santé doivent obtenir une licence pour pouvoir pratiquer. Derrière l’argument de la protection des patients, ces licences sont un instrument légal de pénuries et de rentes pour les médecins, qui s’assurent par le biais de lobbying politique qu’ils n’aient pas une concurrence trop gênante. Trop de médecins en exercice serait – certes – une bonne nouvelle pour les patients, mais certainement pas pour leur propre business.

Il faut comprendre que la santé américaine ne ressemble pas vraiment à un marché de concurrence pure et parfaite, mais plutôt à une jungle de conflits d’intérêts et de monopoles privés. Les régulations en vigueur sont titanesques et font tout pour bloquer la concurrence plus que pour l’aider. Or, c’est mécanique, un appauvrissement de l’offre mène à une hausse des prix. Et faire croire que l’état paiera la facture, c’est cacher la misère sous le tapis.