Ayn Rand

Traduction de Ayn Rand par le Cato Institute.

 

Une semaine avant son 21ème anniversaire,  Alissa Zinovievna Rosenbaum quitta l’Union Soviétique pour ne jamais y revenir. Officiellement, elle était seulement partie visiter de la famille sur Chicago, mais Rosenbaum avait d’autres plans. Petite fille, elle avait vu la révolution bolchevique réduire sa famille de classe moyenne à la misère, et était convaincue que le communisme ferait subir le même sort à la Russie. Après être restée plusieurs mois avec ses proches à pratiquer son anglais, elle se dirigea vers Hollywood pour démarrer une nouvelle vie sous un nouveau nom : Ayn Rand.

Par un coup de chance, Ayn (qui rime avec « mine » [mien en anglais ndt.]) rencontra le directeur légendaire Cecil B. DeMile dès son second jour dans la ville. Il lui donna du travail pour son film Kings of Kings ainsi que des conseils pour réussir comme scénariste.

Entre son travail de relecture de scripts et de commis pour les studios cinématographiques, Rand démarra une relation avec un acteur nommé Frank O’Connor, qu’elle avait rencontré sur le set de DeMille. Ils se marièrent en 1929 et restèrent ensembles jusqu’à la mort de Frank en 1979.

La carrière d’auteur de Rand démarra en 1932 avec la vente d’un scénario, Red Pawn, qui n’a jamais été produit. Cependant elle en tira suffisamment d’argent pour quitter son emploi d’assistante costumière chez RKO pour se concentrer à temps plein sur son travail d’écriture. En deux ans, elle écrivit un roman et une pièce, en plus de nombreuses nouvelles.

La pièce, initialement intitulée Penthouse Legend, était une histoire de meurtre dans laquelle les membres du public étaient choisis pour jouer les jurés et influer la trame de la pièce. Rand elle-même considérait la pièce comme une « expérimentation » pour l’audience : elle pensait que les jurés qui partageraient sa vénération pour l’héroïsme individualiste voteraient pour l’acquittement. La pièce fût jouée à Hollywood sous le titre Woman on Trial, puis à Broadway en 1935 sous le titre Night of January 16th, quand elle emménagea à New York.

Le roman, publié en 1936, était We the Living, l’histoire d’une femme nommée Kira qui, dans les années qui ont suivi la révolution russe, feint d’aimer un fonctionnaire communiste pour aider son amant aristocrate Leo. C’est l’écrit le plus proche d’une autobiographie qu’aura publié Rand, qui montre comment est-ce que le système collectiviste écrase avec perversion ce qu’il y a de noble dans l’esprit humain. Le livre reçu des critiques plutôt bonnes mais eût un succès plutôt confidentiel. Le New York Times publia une critique dans laquelle Harol Strauss écrivit que Rand « possède de bonnes capacités narratives et le style de son roman est vif à l’occasion », mais il ajouta que sa « ferveur aveugle qu’elle consacre à l’annihilation de l’Union Soviétique » produisit un livre « penchant sévèrement vers la propagande ». Un film italien non officiel, Noi Vivi, fût tourné en 1942 et était au départ encouragé par Mussolini pour son anticommunisme. On dit d’ailleurs du film, peut-être de façon apocryphe, que le dictateur finit par reconnaître ses idées individualistes et autiautoritaires et le fît interdire.

En 1937, Rand écrivit le roman Anthem, où elle peigna une dystopie collectiviste futuriste où même le mot « je » avait été oublié. Le livre fût publié l’année suivante en Angleterre, mais il faudra attendre 1945 pour le voir apparaître aux Etats-Unis. Le groupe de rock canadien s’inspira plus tard de l’histoire pour leur album 2112.

Le 26 juin 1938, Rand commença à écrire The Fountainhead [ndt La Fontaine Vive], un projet qui l’occupera jusqu’à la fin de 1942. Après en avoir vendu les droits d’adaptation à Warner Brothers, elle retourna à Los Angeles avec son mari pour commencer à travailler sur le script. Elle avait en tête à ce moment les rudiments de la trame d’un autre roman, qu’elle pensait nommer The Strike.

Quand la popularité de The Fountainhead et son auteur commença à se répandre (par le bouche à oreille et, après 1949, grâce à l’adaptation cinématographique) Rand retourna à New York. Elle commença à attirer un groupe de jeunes intellectuels qu’elle avait inspiré avec sa conception de vertu personnelle qu’elle avait articulé dans on ouvrage, qui met en avant une intégrité scrupuleuse et la poursuite rationnelle de l’intérêt personnel.

Au début des années 50, Rand s’était entourée d’un cercle d’admirateurs et se retrouvaient tard pour des discussions philosophiques et s’asseyaient pour l’écouter avec la plus grande lire des extraits de son opus magnum en cours. Le groupe fût ironiquement nommé « Le Collectif », dans lequel se trouvait le futur président de la Réserve Fédéral Alan Greenspan, Barbara et Nathaniel Branden, qui resteront ses alliés intellectuels et ses confidents les plus proches durant vingt ans.

En 1957, The Strike devint Atlas Shrugged et sa publication par Random House fît passer Rand du rang de romancière d’idées à leader d’un mouvement intellectuel à part entière. Atlas raconte l’histoire Dagny Taggart, directeur des pour la ligne de train Taggart et Hank Rearden, magnat du fer et inventeur d’un nouvel alliage, le métal Rearden, dans leur tentative de sauvetage de leur entreprise, au bord d’un effondrement économique qui se déroule dans l’indifférence totale, et leur découverte de pourquoi est-ce que les artistes et entrepreneurs les plus talentueux semblent s’évaporer.

Le roman était épique aussi bien pour son épaisseur (1168 pages) que pour son thème. Là où The Fountainhead considérait l’individualisme comme était une vertu de caractère, Atlas Shrugged tente d’illustrer le conflit qui existe entre deux philosophies morales et politiques diamétralement opposées. L’une est l’altruisme, que Rand caractérise comme étant une conduite morale consistant à vivre pour servir les autres et considère que la poursuite de son propre bonheur est mauvaise. À travers les personnages mauvais et les événements de son roman, elle fait le lien entre le collectivisme politique et la tyrannie, illustrant comment est-ce que l’un mène immanquablement à l’autre. Leurs adversaires, en premier lieu Taggart, Rearden et l’énigmatique John Galt, représentent la philosophie objectiviste de Rand. De façon ambitieuse et peu orthodoxe, Rand place au point culminant du livre un speech de 60 pages par John Galt, dans lequel elle détaille sa propre théorie. Elle inclut non seulement l’égoïsme éthique et son engagement politique pour le laissez-faire capitaliste, mais aussi ses idées sur la nature humaine, la métaphysique, l’épistémologie et le lien entre raison et émotion.

Atlas devait être la dernière tentative de Rand dans le domaine de la fiction. Durant les dix années qui ont suivi, elle a fait la promotion de sa philosophie à travers d’autres ouvrages (notamment The Virtue of Selfishness, Capitalism: The Unknown Ideal et For the New Intellectual), sa newsletter The Objectivist, sa colonne dans le Los Angeles Times, et le Nathaniel Branden Institute qui donnait des cours et des séminaires très suivis sur les idées objectivistes jusqu’à ce que Rand et Branden se fâchent pour des raisons personnelles en 1968.

Rand continua de publier dans The Objectivist, renommée plus tard The Ayn Rand Letter, et donna des conférences dans les campus universitaires. Elle publia aussi trois compilations de ses propres essais et discours : The Romantic Manifesto, The New Left et Introduction to Objectivist Epistemology.

A la suite de sa mort d’un cancer du poumon en 1982, le libertarien universitaire Roy A. Childs écrivit que déterminer l’influence de Rand sur le mouvement libertarien était « similaire à déterminer l’influence du christianisme sur la civilisation occidentale ». L’ancien secrétaire de Rand, Robert Hessen, donna l’explication suivante sur l’impact profond de Rand dans le New York Times :

Il y avait de nombreuses défenses du capitalisme face au socialisme quand Atlas est paru dans les années 50, mais c’était pour beaucoup la théorie de la baignoire — le capitalisme est supérieur parce qu’il est plus efficace et créé de plus grosses baignoires que le système soviétique. Elle a fournit une défense morale qui électrisait ceux qui n’avaient jamais entendu parler de capitalisme qu’avec des termes très techniques. Elle a clairement fait comprendre qu’une société libre est aussi une société productive, mais ce qui compte est la liberté individuelle.

L’influence de Rand a continué de grandir les deux dernières décennies. Ses travaux ont inspiré les publications universitaires comme le Journal of Ayn Rand Studies, des organisations dédiées à ses idées comme The Objectivist Center et le Ayn Rand Institute, et une pléthore de groupes universitaires. Rand elle-même continua d’être prolifique à titre posthume : les deux dernières décennies ont vu la publication de la compilation Philosophy: Who Needs It, des extraits de ses journaux, des lettres choisies, les conférences informelles sur des fictions et même une collection des notes qu’elle a laissé sur les livres de sa propre bibliothèque.

L’histoire guillerette des mouvements libertariens et conservateurs des années 60 de Jerome Tucille est pertinemment titré It Usually Begins with Ayn Rand [ndt Ça commence en général avec Ayn Rand]. Beaucoup, voire la majorité, des libertariens ont découvert les idées libertariennes par les romans de Rand, qu’ils aient adopté ou non au final sa philosophie objectiviste. Son énorme contribution à la croissance du libertarianisme (terme qu’elle rejetait pourtant) n’était pas, au final, ses arguments philosophiques pour une société libre mais plutôt une vision littéraire qu’elle apporta de cette société et le genre de personnes qui y serait le plus approprié. Son message n’était pas plus personnel que politique et ses lecteurs n’étaient pas seulement inspirés par sa peinture des bénéfices de la liberté politique, mais aussi par la noblesse de la vie d’un individu libre.