Nouvelle non-réforme de l’enseignement supérieur

Le gouvernement Valls, dans la lignée d’Ayrault, ayant découvert que dépenser sans compter n’est pas un fonctionnement économique que l’on peut appliquer indéfiniment, vient d’annoncer la couleur des 50 milliards d’économie de dépense publique. Comme il fallait s’y attendre, aucune réforme de fond n’est proposée, tout du moins aucune réforme d’ampleur ne sera mise en œuvre durant ce quinquennat.

Dans ces 50 milliards d’économies de bouts de chandelles, ont évoque notamment la suppression des aides au logement pour les enfants de familles non-boursières. C’en est presque à croire que le gouvernement se plaît à rappeler qu’aucune réforme digne de ce nom n’a été faite ni dans le domaine du logement ni dans le domaine de l’enseignement supérieur depuis bien longtemps.

La France est un pays où l’on se contente de créer des aides sociales et des niches fiscales en guise de réponse à un problème donné. Elles ont en effet de nombreux avantages politiques : entamer des réformes difficiles est l’assurance pour un politique de se faire balayer aux prochaines élections, alors qu’une aide financière a un effet immédiat, elle est bien comprise par la population (surtout celle qui ira voter), et surtout elle est financée par de la dette, c’est à dire que quiconque mettra en place une niche ou une aide aura fini sa carrière politique depuis bien longtemps avant qu’il ne faille en payer la facture.

Il en résulte un monstre bureaucratique impossible à réformer, et c’est encore plus vrai dans l’enseignement. On l’a bien vu avec la « réforme » des universités sous Sarkozy, qui n’a changé que quelques détails purement techniques de leur organisation, mais qui pourtant a suffit pour déclencher de fortes manifestations.

Le problème de l’enseignement supérieur est bien plus profond qu’un simple souci de logements étudiants : la déconnexion entre l’enseignement fourni et la réalité professionnelle n’a jamais été aussi importante, il y a toujours 150.000 jeunes chaque année qui disparaissent dans la nature sans le moindre diplôme, il y a une inflation du niveau de diplôme requis pour obtenir le moindre travail, et dans le même temps les étudiants sont de plus en plus précaires, l’ascenseur social est rouillé et le taux de chômage des jeunes en France reste préoccupant, d’autant plus au regard des pays économiquement similaires.

La gauche a toujours été opposée par principe aux baisses de dépenses, et l’on comprend pourquoi maintenant qu’elle est au pouvoir. J’ai peur qu’il y ait une incompréhension sur ce que « baisser la dépense publique » signifie. Il ne s’agit pas de baisser les salaires des fonctionnaires ou de raboter quelques millions de ci de là, il ne s’agit pas non plus forcément de privatiser ou de faire reculer les fameux acquis sociaux.

Oui, ces quelques milliards d’économies sont bienvenus, même s’ils ne sont pas agréables pour ceux concernés. Aucune baisse de dépense n’est agréable pour personne. Mais il y aurait pourtant des pistes possibles dans l’enseignement supérieur pour réduire la dépense, non pas en sucrant les budgets papier-toilette, ni en massacrant le fameux modèle social.

Mais on peut aussi se contenter de supprimer les allocations logement des non-boursiers et prétendre que l’enseignement supérieur français a eu les réformes nécessaires.