Les effets pervers du salaire minimum

Face à un taux de chômage qui ne cesse de monter, en particulier pour les jeunes, des économistes ont évoqué le problème du SMIC en France, qui joue un rôle de barrière à l’entrée pour les jeunes au monde du travail. Sujet à peine ouvert et immédiatement clos, dans ces grandes envolées lyriques caractéristiques des sujets tabous qu’il est impossible d’aborder sans que chacun perde tout sens critique.

J’aimerais apporter ici un point de vue contradictoire : certes, le SMIC améliore le salaire des travailleurs, mais il a des conséquences inattendues qui sont extrêmement néfastes pour les jeunes et les personnes peu qualifiées. Il existe d’autres solutions pour palier au problème des bas salaires, que j’aborderai dans un article futur, mais je souhaiterais ici m’attarder sur les effets pervers du salaire minimum, qui sont totalement méconnus.

Le premier point à considérer est d’ordre purement sémantique. Vous irez probablement me dire que je chipote, mais le salaire minimum n’est pas une obligation d’embaucher au-dessus d’un certain salaire. Aucune entreprise n’est forcée à embaucher qui que ce soit. Il s’agit, à l’opposé, d’une interdiction d’embaucher en-dessous d’un certain niveau de salaire.

Ce n’est peut-être qu’un détail sémantique, mais il permet de rappeler un point crucial : le SMIC ne fait pas monter par magie les salaires des travailleurs ; il en exclue une partie du marché de l’emploi, surtout les moins qualifiés. Le débat parmi les économistes n’est pas de savoir si le salaire minimum créé du chômage ou non, c’est un fait admis. Le débat porte plutôt sur la question suivante : est-ce que la hausse du chômage due au salaire minimum est acceptable comparée au bénéfice pour ceux qui verront leur salaire augmenter ?

Pour bien comprendre le phénomène, il faut avoir à l’esprit comment est-ce que les salaires sont établis. Qui a décidé combien gagne un vendeur et combien gagne un garagiste ? Pourquoi est-ce que la même personne n’aura pas le même salaire selon la ville dans laquelle elle postule ? Il n’y a pas de grille nationale universelle qui donne le salaire en fonction du métier, de l’âge ou de l’ancienneté.

Le salaire est un prix, négocié entre une offre (le salarié) et une demande (l’employeur). Comme c’est un prix, il n’est pas décidé par une formule mathématique. S’il y a beaucoup de chercheurs d’emplois dans un secteur donné, et très peu de postes ouverts, un simple coup d’œil sur la courbe d’offre et demande nous indique que les prix (c’est à dire les salaires) seront bas. À l’inverse, quand il y a un manque de salariés possédant une certaine compétence, leurs salaires sont bien plus élevés.

À ceci prêt que le salaire ne peut pas monter indéfiniment. Les entreprises n’embauchent pas par charité mais parce qu’elles attendent un bénéfice : si le salarié coûte plus que la valeur qu’il ne produit, il ne sera jamais embauché.

C’est bien le drame du salaire minimum : ceux qu’il est censé protéger, c’est à dire les personnes sans qualification ou sans expérience, ne sont pas assez productifs pour justifier ce salaire. On peut prendre des grands airs indignés et trouver cela inacceptable, mais le salaire minimum ne les rend pas compétitifs par magie. Le SMIC ne donne ni qualification ni expérience, il ne fait qu’empêcher certains d’accéder au marché de l’emploi en plaçant une barrière qu’ils ne peuvent pas atteindre.

Pourtant, le SMIC est bénéfique pour certaines personnes : ceux dont le salaire est situé juste en-dessous du SMIC, mais dont leur productivité est suffisante pour qu’ils gardent leur emploi après une hausse de ce dernier. Pour eux, le SMIC est un net gain, c’est pour cette raison que la CGT milite pour un SMIC à 1700€. La CGT représente les travailleurs, pas les chômeurs, il est parfaitement logique de sa part de défendre un SMIC plus élevé.