Les quatre biais de l’électeur – Le biais pro-emploi

Dans son ouvrage The Myth of the Rational Voter, Bryan Caplan expose quatre biais que l’on retrouve systématiquement chez les électeurs. En tant qu’économiste, il s’est particulièrement attardé sur les points où les économistes et le grand public (et par extension les hommes politiques) sont systématiquement en opposition. Ces biais sont le biais anti-marché, le biais anti-étrangers, le biais pro-emploi et le biais pessimiste.

Je vais vous faire découvrir ces quatre biais au travers d’un série d’articles. Que vous soyez démocrate convaincu ou sceptique, il est important de combattre ces idées fausses qui nuisent au débat démocratique et poussent les politiques à prendre de mauvaises mesures sous les applaudissements de la population.

Le biais pro-emploi se manifeste par la préférence des gens pour les politiques créatrices d’emplois, et à l’inverse leur opposition à tout ce qui peut en détruire, peu importe l’efficacité économique. Pour bien comprendre, imaginez qu’à l’aube de la révolution industrielle des syndicats se soient formés pour faire interdire toute machine agricole. Il faut avoir à l’esprit qu’à l’époque la quasi totalité de la population travaillait dans les champs. Si la révolution industrielle se déroulait aujourd’hui, nous aurions des manifestations monstres pour préserver les emplois agricoles et interdire ces odieuses machines qui créent du chômage. Avec le recul, cela semble stupide, n’est-ce pas ? Et bien allez l’expliquer aux salariés PSA de Aulnay.

Les grandes révolutions techniques se sont toutes traduites par des pertes d’emploi. La machine à vapeur a remplacé les ouvriers, puis l’électricité a mis les fabricants de chandelles au chômage, les voitures nous ont débarrassé des carrioles, et aujourd’hui des robots de plus en plus intelligents réalisent des travaux qui sont physiquement impossibles pour les ouvriers. Personne n’irait dire qu’il aurait fallu interdire les voitures ou les lampes électriques. De même, personne n’irait dire qu’il aurait fallu nationaliser la fabrication de lampes à huiles pour « protéger un fleuron de l’industrie française« .

La recette d’une croissance économique durable n’est pas secrète : il s’agit de produire plus de richesses avec moins de ressources. De façon provocante, j’ai envie de dire qu’une nation qui s’enrichit est une nation qui licencie, afin de produire plus avec moins. Or, parce que nous vivons encore dans le schéma de l’emploi à vie, nous développons une peur du changement et une peur du progrès technique, à tel point que des manifestations contre les nouveaux acteurs du numériques se multiplient aux États-Unis, et plus particulièrement à San Francisco.

Ce qui n’est pas compris par la population, c’est que qu’un salarié qui perd son emploi devient du coup disponible pour une activité plus productive. Et j’irais même plus loin : si un employé n’est plus productif pour une entreprise, le maintenir coute que coute n’est pas dans son intérêt particulier, ni dans l’intérêt général. En d’autres termes, quand on maintient de force un système non productif en place, on maintient les prix des produits et services artificiellement élevés. Ce n’est ni plus ni moins qu’une taxe invisible pour satisfaire des pressions politiques.

Une bonne politique contre le chômage est une politique qui fait sauter les freins à l’embauche, pas une politique qui freine les licenciements. Pourquoi vante-t-on l’efficacité des modèles nordiques ? Parce qu’ils ont un marché du travail très flexible (c’est pour cela que les syndicats français ne veulent pas en entendre parler) mais, en contrepartie, un système de formation professionnel continu tout au long de la carrière de chacun. Ces pays ont compris que l’emploi à vie est une chose du passé et que la flexibilité n’est pas un gros mot mais un atout si les salariés sont qualifiés.

Comme pour le biais anti-étrangers, il est facile de confronter le biais pro-emploi en appliquant la logique à nos actions de tous les jours. Imaginez que vous viviez sans aspirateur, et qu’un jour un ami vous en offre un, en vous disant « Tiens, tu perdras moins de temps à balayer ». Est-ce que votre réaction sera de le jeter par la fenêtre et de gronder votre ami, au prétexte que balayer vous tient occupé toutes ces heures ? Cette logique n’a pas l’air bien rationnelle. Une réponse plus appropriée serait « merci, je vais avoir plus de temps pour cuisiner et lire des ouvrages sur l’école autrichienne d’économie ».