Les quatre biais de l’électeur – Le biais pessimiste

Dans son ouvrage The Myth of the Rational Voter, Bryan Caplan expose quatre biais que l’on retrouve systématiquement chez les électeurs. En tant qu’économiste, il s’est particulièrement attardé sur les points où les économistes et le grand public (et par extension les hommes politiques) sont systématiquement en opposition. Ces biais sont le biais anti-marché, le biais anti-étrangers, le biais pro-emploi et le biais pessimiste.

Je vais vous faire découvrir ces quatre biais au travers d’un série d’articles. Que vous soyez démocrate convaincu ou sceptique, il est important de combattre ces idées fausses qui nuisent au débat démocratique et poussent les politiques à prendre de mauvaises mesures sous les applaudissements de la population.

Le biais pessimiste est probablement le plus évident des quatre. Il suffit d’allumer votre poste de télévision à 20 heures pour voir de quoi je parle. Le journal télévisé obéit aux lois de l’offre et de la demande ; et se faisant il diffuse ce que les gens ont envie de voir pour faire de l’audience. Concrètement, il montre le plus grand nombre de mauvaises nouvelles : crises, catastrophes, manifestations et autres meurtres.

Les gens ont une mémoire très sélective. Le biais pessimiste en est la manifestation concrète. Ce biais explique qu’il y a une tendance culturelle à surestimer les aspects négatifs et à sous-estimer les aspects positifs du présent, alors que dans le même temps nous avons une tendance contradictoire vis-à-vis du passé. Nous oublions combien ça a pu être difficile et nous surestimons les souvenirs positifs.

Le résultat est plus palpable en France qu’ailleurs, où tous les partis sont plus ou moins conservateurs, quand ils ne sont pas totalement réactionnaires. Ce sentiment de « c’était mieux avant » n’est pas chose neuve. Il serait tentant et extrêmement réducteur de penser que cette expression n’a jamais été prononcée auparavant. De tous temps, il y a eu des vieux pour se plaindre des jeunes générations, et de tous temps les jeunes ont grandi pour devenir ces vieux réacs. Platon déjà ruminait contre ces jeunes qui ne respectent pas leurs ainés.

Sauf que, lorsque l’on regarde les chiffres, non ce n’était pas « mieux avant ». Le temps de travail moyen avoisinait les 47 heures par semaine dans les années 60. Les salaires, une fois corrigés de l’inflation, n’étaient pas folichons, et tous les biens que nous considérons comme « normal » de posséder n’étaient réservés qu’à une élite. Songez que la première machine à laver commercialisée en France dans les années 50 coutait plusieurs années de salaire d’un ouvrier.

Sur certains point précis, sur une certaine période précise, on peut montrer que la situation s’est détériorée. Mais si l’on prend du recul, il est difficile d’affirmer que la vie était meilleure il y a un demi siècle. Les plus pauvres dans notre société actuelle ont un niveau de vie qui est incomparable avec celui des pauvres de cette époque. Aux États-Unis par exemple, 80% de ceux vivant sous le seuil de pauvreté aujourd’hui ont accès à l’air conditionné.

Et si l’on arrête le nombrilisme et que l’on regarde à l’échelle de la planète, alors le verdict est sans appel. L’extrême pauvreté descend plus vite que prévu, la Chine est passée en un demi siècle de la plus grande famine de l’histoire de l’humanité à exportateur de riz. De nombreux anciens pays soviétiques sont sortis de la misère et ont un niveau de vie comparable au notre.

Un autre aspect du biais pessimiste est la croyance dans des catastrophes imminentes. De tous temps, des prédictions alarmistes nous ont annoncé la fin du pétrole, l’effondrement du capitalisme, les pluies acides et des pénuries planétaires de nourriture à cause de la surpopulation. Devinez quoi ? Nous sommes toujours là, il y a toujours du pétrole et nous sommes maintenant 7 milliards d’individus, dont un milliard fraichement sorti de l’extrême pauvreté et, même si tout n’est pas rose, force est d’admettre que la fin du monde n’a pas eu lieu.

Ces prédictions catastrophistes jouent avec les peurs de la population, qui généralement les accueillent à bras ouverts, mais ne prend jamais le temps de vérifier si ces prédictions se sont réellement produites ou non. Entre Henry Adams, qui prophétisait en 1898 la fin du monde d’ici deux générations à cause de la surpopulation, et CNN qui annonçait des émeutes de la fin en Chine et au Pakistan pour 2013, ces oiseaux de mauvaise augure nous annoncent catastrophes économiques sur catastrophes économiques et créent un climat délétère.