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L’échec prévisible du CICE

Le Crédit d’Impôts Compétitivité Emploi, connu sous l’acronyme de CICE, devait être, avec le Pacte de Responsabilité, l’Alpha et l’Oméga de la politique de l’offre de François Hollande. Avec les derniers chiffres qui viennent d’être publiés, il est temps de faire une courte rétrospective sur une rustine à 50 milliards d’euros.

Ce crédit d’impôts a été accueilli avec la plus grande défiance de la part des élus socialistes. Et pour cause, après s’être opposés à la TVA sociale de Nicolas Sarkozy, les voici contraints de voter exactement la même chose, en pire. La TVA sociale avait au moins un avantage, elle était simple à comprendre et à mettre en œuvre : une hausse de la TVA pour financer une baisse des cotisations, dans le but de faire baisser les prix des services et des produits manufacturés par rapport à ceux importés.

Quand Hollande, en manque d’idées, décida qu’il fallait baisser le cout du travail, il n’avait pas beaucoup d’autres alternatives. Baisser les salaires nets étant hors de question pour un président socialiste, il fallait trouver un artifice. C’est l’intérêt de la TVA sociale d’ailleurs, les gens ne se rendent pas compte que l’on baisse leurs salaires dans la réalité. Quelle est la différence entre baisser les salaires de 10 euros par mois et augmenter avec la TVA le prix de tous les produits que vous achetez pour récupérer 10 euros de plus ? Aucune, mais au moins vous évitez les manifestations dans la rue parce que, sur la fiche de paie, le nombre est plus faible.

Mais parce que Sarkozy voulait faire la TVA sociale, et parce qu’il serait mal vu de demander aux députés PS de voter la même chose que ce qui leur a été demandé de défaire un an plus tôt, il fallait trouver un nouveau nom et quelques différences pour pouvoir dire devant les caméras que ce n’est pas une TVA sociale. Contrainte supplémentaire : les caisses de l’état sont vides, toute mesure qui puisse être payée bien après avoir collecté l’argent serait la bienvenue. Le crédit d’impôts semblait donc parfaitement adapté. Au lieu d’une baisse des cotisations directe, les entreprises pourront l’année suivante recevoir un crédit d’impôts du même montant.

Sauf qu’il y a un léger problème de fond. Ce crédit d’impôts est censé améliorer la compétitivité de nos produits par rapport à ceux de l’étranger en taxant le consommateur. Dans l’idée, ça se défend, mais dans la réalité, le CICE n’est pas ciblé par secteur ou par activité. Toutes les entreprises peuvent en bénéficier, mais toutes ne font pas de l’export ! On se rend compte aujourd’hui que les plus gros récipiendaires du CICE sont La Poste et la grande distribution. Les 50 milliards mis sur la table sont donc totalement dilués, à tel point qu’une faible variation dans le taux de change euro-dollar suffit pour en anéantir les effets. Au final, on estime que seul un quart des entreprises qui reçoivent le CICE sont des entreprises exportatrices.

Second problème de fond, le CICE est conditionné en terme de salaire. Face au problème du chômage endémique, surtout chez les moins qualifiés, le gouvernement a trouvé bon de cibler le CICE en excluant les salaires élevés. Admettons. Il est généreux de la part du gouvernement de vouloir concentrer les effets des 50 milliards sur ceux pour qui les fins de mois sont difficiles, et pour permettre à d’autres de sortir du chômage et d’avoir un emploi. Mais cette générosité de façade ignore le fait que l’on continue en France de creuser le fossé entre les smicards et les autres. À subventionner sans cesse les bas salaires, on se retrouve avec un ascenseur social qui ressemble à une échelle où il manque un barreau, et on finit avec une économie à deux vitesses dans laquelle les smicards resteront coincés sous ce plafond de verre.