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Et pendant ce temps, en pleine mer…

Pendant qu’Arnaud Montebourg continue de gesticuler pour tenter d’exister, 260 migrants sont morts en essayant de traverser la Méditerranée révèle The Guardian. Je voulais en parler parce que je pense qu’il serait intéressant de préciser que ce sont 260 décès qui n’étaient absolument pas nécessaires et qui sont la conséquence directe de la xénophobie constante de nos politiques sur les dernières décennies.

Alors que j’ai déjà expliqué que l’opposition à l’immigration est en grande partie irrationnelle, que les immigrés ne sont pas un poids pour l’économie, bien au contraire, je pense qu’il serait bon de remettre les choses en perspectives :

Nous (collectivement) avons mis en place un système légal pour interdire aux immigrés de venir parce que nous avons peur de voir notre petit confort bourgeois remis en question par des gens qui ont moins que rien pour vivre, la plupart du temps sans aucune raison rationnelle. Ces barrières légales n’ont eu pour effet que de transformer l’immigration légale en immigration clandestine, ce qui fait courir des risques inconsidérés à des innocents au point de risquer leur vie pour traverser la Méditerranée.

Chaque année, plus de 900 personnes meurent en moyenne, et 2014 pourrait être une année record, avec plus de 500 morts cumulés dès le mois juillet. J’entends déjà les cyniques dire que c’est le prix de la préservation de notre très (cher) modèle français.

Désolé du peu, mais les Éric Ciotti et autres frontistes peuvent bien aller se rhabiller. Il va falloir des arguments plutôt solides, documentés, revus et soutenus par des nombreux économistes, avec des chiffres établis pour montrer que l’immigration a des effets si négatifs qu’un millier de cadavres dans la Méditerranée chaque année est un moindre mal. La réalité en est bien éloignée, même les économistes les plus sceptiques vis-à-vis de l’immigration reconnaissent que l’impact négatif est marginal.

La prohibition n’a jamais marché. La loi ne fonctionne pas pour réfréner les mouvements de foule. Le meurtre et le vol sont interdits, et ces interdictions sont appliquées et respectées, parce tout le monde s’accorde pour dire que le vol et le meurtre sont des choses immorales. Mais quand l’état tente de prohiber ce que les gens font naturellement, que ce soit moral ou immoral, que ce soit nécessaire ou non, la loi ne pourra jamais les en empêcher.

Tout comme la prohibition de l’alcool a été un cuisant échec au vingtième siècle, tout comme la prohibition des drogues est un cuisant échec, tout comme tenter d’interdire la prostitution ou le sexisme sont des efforts voués à l’échec, vous ne pouvez pas utiliser la loi pour barrer la volonté des peuples. Que vous le vouliez ou non, que ça vous plaise ou non, l’immigration est une fatalité. On peut accompagner ce mouvement et en faire une chance, ou on peut tenter vainement de s’y opposer et créer de toutes pièces un problème qui n’existait pas.

La réalité est que nous n’acceptons pas de devoir nous remettre en question, nos habitudes, nos modes de vie bien installés, et que nous préférons fermer les yeux sur la mort d’innocents qui voulaient juste avoir la même chance et les mêmes droits que nous. Si vous préférez garder vos privilèges acquis au prix de la vie d’innocentes personnes, ils ne sont pas le problème, mais vous l’êtes.

La liberté de mouvement est un des droits les plus fondamentaux des individus, l’interdire est tout autant illégitime. Priver des milliers de personne d’une liberté aussi fondamentale ne saurait se faire sous l’impulsion de peurs irrationnelles, et la mort tragique de dizaines d’innocents devrait nous rappeler avec violence que nos petits caprices peuvent avoir de lourdes conséquences.