2 réformes libérales de gauche

Le libéralisme est souvent perçu comme une doctrine dite « de droite », qui serait fondamentalement opposée aux idées de gauche. J’ai publié de nombreux articles pour tenter de montrer que non, ce n’est pas incompatible en soi, et que si la majorité des libéraux actuels s’identifient comme appartenant à la droite, ce n’est pas une caractéristique fondamentale du libéralisme, mais tout au plus une coïncidence historique. Il y a aussi l’idée récurrente qu’un libertarien serait quelqu’un de droite sur les questions économiques et de gauche sur les questions sociétales, qui je pense est un raccourci grossier. J’aimerais donc ici proposer 2 réformes économiques profondes et libérales qui pourraient très bien faire partie d’un programme « de gauche ».

 

1. Supprimer la sécu des entreprises

Les entreprises ne sont pas des personnes, elles n’ont pas à être aidées financièrement quand elles vont mal. Il y a au total 110 milliards d’aides en tous genres pour les entreprises, et il serait très légitime de poser la question de leur efficacité.

Si une entreprise va mal, elle n’a pas besoin du biberon de l’état, mais de se remettre en question. Si elle n’est plus en mesure de fournir des produits et services qu’attendent ses clients, alors elle doit faire faillite. La concurrence impose aux entreprises une discipline extrêmement stricte, mais pour de bonnes raisons : personne ne veut payer pour soutenir un patron qui ne fait pas son travail.

Personnellement, je trouve intolérable que l’argent des impôts aille aider les patrons incompétents. Ils ont pris des risques en parfaite connaissance de cause, font des profits quand ils s’en sortent mais doivent assumer leurs pertes s’ils se débrouillent mal. Quant à l’inquiétude vis-à-vis des salariés, elle est légitime, mais chaque euro donné à une entreprise en mauvaise santé est un euro de moins qui aurait pu financer un emploi durable dans une autre entreprise.

J’ai parfaitement conscience de l’opposition politique qui se monterait face à une telle mesure, mais il faut se rendre compte que le maquis actuel n’est pas de la politique économique vertueuse, mais du corporatisme pur et simple, et je pense que socialistes comme libéraux peuvent s’entendre sur le fait que le corporatisme n’est pas une chose que l’on souhaite voir rester dans le paysage économique français.

 

2. Rendre les salariés actionnaires

Un des problème de l’économie française est que nous avons un fort taux d’épargne, mais que cette épargne ne va pas irriguer l’investissement des entreprises françaises. Dans le même temps, nous avons une contradiction qui m’échappe : un des thèmes cher à la gauche est la volonté que chaque salarié ne soit pas un simple outil dans son entreprise mais qu’il détienne une « part du gâteau » si je puis dire.

Et bien pourquoi alors avoir mis en place un système de retraites intégralement par répartition, qui s’apparente à une Pyramide de Ponzi, alors que si les salariés avaient eut moins de cotisations à payer, ils auraient pu (même au travers d’outils encadrés) accumuler de l’épargne et du capital, et nous n’aurions jamais eu aujourd’hui cette concentration extrême du capital dans quelques mains. Je sais que c’est un sujet assez complexe, qui touche à de nombreux autres sujets comme la retraite, la taxation du capital, etc. mais il y a la place pour une réforme de gauche pour moins de répartition et plus de capitalisation.

Le capital est ce qui alimente la croissance du secteur marchand, et c’est un placement. Il y aurait la possibilité d’écrire une formidable réforme qui ne couteraient rien à court terme aux travailleurs, mais à plus long terme leur permettrait de profiter eux aussi des profits que font les entreprises. Si les actionnaires font des profits indécents, pourquoi tenter de les interdire ou de les taxer quand on peut faire des salariés des actionnaires eux-aussi ?