Comprendre le problème des retraites

Jusqu’ici, le sujet des retraites avait été mis de côté avec la crise persistante en France, mais un nouveau rapport pointe du doigt le rythme alarmant auquel les réserves des caisses de retraite complémentaires fondent. C’est un nouveau symptôme de problèmes déjà bien connus, et les français sentent bien que la réforme Sarkozy pour passer l’âge de 60 à 62 n’aura été que la première étape si l’on veut maintenir les retraites fonctionnelles. Je vais ici en aborder trois : l’insensibilité de l’âge de départ aux variations démographiques, la conjoncture qui n’aide pas et le fondement même du système par répartition.

L’équation est pourtant bien simple dans un régime par répartition : ceux qui travaillent paient des cotisations pour ceux qui ne travaillent plus, avec la promesse qu’à leur tour ils bénéficieront du même privilège quand ils auront passé un certain âge. Seul hic, jamais dans le système que nous avons aujourd’hui la progression de l’espérance de vie n’a été prise en compte. Nous pourrions gagner ou perdre 10 ans que l’âge de départ resterait identique. Quand François Mitterrand a passé l’âge de départ légal de 65 à 60 ans en 1981, l’espérance de vie était de 74 ans. Même après sa réforme, la retraite représentait en moyenne 14 ans dans la vie d’un salarié, ce qui était parfaitement possible de financer à l’époque. Il est facile de blâmer Mitterrand pour avoir commis le « pêché originel », alors que le problème est que depuis l’espérance de vie s’est allongée de 8 ans entre temps. Il n’est ni responsable de ce fait, ni responsable de l’inaction totale des gouvernements qui ont suivi sur ce sujet. Si l’âge de départ à la retraite avait mécaniquement suivi l’espérance de vie, nous devrions aujourd’hui attendre 68 ans avant de pouvoir s’arrêter de travailler. Les 14 ans de retraites sous Mitterrand semblaient généreux dans le contexte de l’époque, ils seraient aujourd’hui vus comme de l’ultra-libéralisme exploiteur.

Mais il ne faudrait pas négliger ici l’aspect purement conjoncturel. Comme on l’a vu plus tôt, tout est une question d’équilibre entre travailleurs et retraités. Or, le chômage est un cout supplémentaire à la sécurité sociale. Si ces personnes étaient dans l’emploi, ils seraient au contraire une source de revenus. « Remettre les gens au travail » – pour employer une expression assez vulgaire – pourrait en réalité avoir beaucoup plus d’importance qu’il n’y parait. Sans aller jusqu’à dire que tout va bien et qu’il suffit d’un peu de croissance pour remettre les régimes de retraite dans le vert comme le font certains keynésiens panglossiens, je souhaitais juste pointer du doigt que la situation dépend du contexte économique et une partie des déficits pourrait se résorber avec une meilleure conjecture.

Ce qui m’amène sur le « cœur » du problème : la retraite par répartition est peut-être un bon outil de redistribution, mais est-ce vraiment un outil adapté pour financer les retraites de chacun et anticiper les futures évolutions démographiques ? Personnellement, j’ai beaucoup de mal à accepter le fait qu’il faille payer une retraite généreuse à des gens qui auront gagné plus que moi toute leur vie, ce qui rejoint la confusion que j’avais déjà évoquée auparavant entre redistribution et service public. Non seulement le système actuel de répartition est moralement plus que discutable, mais il a en plus des effets de bords économiques qui posent réellement problème. Quand l’État annonce vouloir s’occuper intégralement des retraites de chacun, quel est la réaction parfaitement rationnelle à attendre des salariés ? Pas besoin d’épargner autant que prévu. Je suis toujours aussi frappé par cette hypocrisie française qui condamne le consumérisme, mais fait tout pour inciter à la consommation immédiate et condamne fermement l’épargne et l’investissement.
À un moment où les entreprises françaises n’ont plus les capacités d’investir, où le chômage galope et où l’on se demande comment seront financées les retraites, que l’on refuse de poser la question de la capitalisation montre à quel point les esprits sont religieusement opposés à l’économie de marché.