Problèmes de distribution vs Problèmes de marché

Si, comme moi, vous annoncez publiquement défendre les idées de libre-échange et de concurrence, vous avez probablement déjà été accusé de toutes sortes de choses, et notamment de vouloir aggraver la pauvreté et les inégalités. Admettons, pour les besoins de l’argument, que ce soit vrai, il est cependant intéressant d’analyser le pourquoi du comment.

Reprenons quelques termes tout d’abord, pour être certain que l’on parle de la même chose : un marché est la rencontre entre une offre et une demande. Il y a un marché de la carotte parce qu’il y a des consommateurs qui veulent des carottes, et de l’autre côté des distributeurs qui ont des carottes à vendre. Le prix de la carotte sera donc déterminé par le rapport de force entre offre et demande, dans la limite de la valeur qu’apporte chaque nouvelle carotte au client. Je vous renvoie à mon précédent podcast sur Carl Menger pour en savoir plus sur sa théorie de la valeur.

Un marché qui fonctionne bien est donc un marché dont les prix fluctuent en fonction de l’offre et de la demande. Le pétrole, assez étonnamment, a prouvé être un marché qui fonctionne plutôt bien, puisque l’explosion des pétroles de schiste aux États-Unis a largement augmenté la quantité de pétrole disponible et les prix ont, en conséquence, été ajustés à la baisse.

À l’inverse, l’immobilier est un marché qui est en total dysfonctionnement : la flambée des prix observée sur ces dernières décennies n’a pas été suivie par une augmentation de l’offre (en clair il n’y a que trop peu de nouveaux logements construits), et plus récemment la demande de logements à l’achat a drastiquement chuté sur Paris sans que les prix n’aient frémis.

Je voulais donner ces deux exemples pour définir clairement ce qu’est un marché fonctionnel et un marché dysfonctionnel. Vous pouvez trouver que l’abondance du pétrole de schiste et la baisse de son cours sont des problèmes environnementaux, mais vous ne pouvez pas dire que c’est un « problème de marché » puisque le marché ici fait son travail : coordonner une offre et une demande.

Quand vous entendez l’expression « problème de marché » venant d’un non-économiste, c’est probablement des foutaises. Les dysfonctionnements de marchés existent et sont allègrement documentés par les économistes, mais l’expression elle-même est utilisée un peu à tout bout de champ, par méconnaissance ou par paresse intellectuelle, par des personnes qui ont déjà désigné l’accusé : la vilaine économie qui est responsable de tous nos maux.

On retrouve les mêmes mécaniques en jeu sur le marché de l’emploi : il y a d’un côté une offre (les salariés) et de l’autre une demande (les patrons). Si jamais vous avez un doute sur qui est l’offre et qui est la demande, c’est assez simple : la demande c’est celui qui tient le chèque.

Par ailleurs, on peut traduire le concept d’utilité marginale de façon très concrète ici. Le salaire ne peut pas dépasser l’utilité marginale du salarié, sinon l’entreprise fait des pertes. Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement que la valeur créée par le salarié doit être supérieure à son salaire. Vous pouvez dire que c’est abominable et injuste, mais c’est la réalité : on embauche pas une personne pour perdre de l’argent.

Qu’une personne ne puisse pas prétendre à un salaire « décent » parce qu’elle n’a pas les compétences pour prétendre à mieux n’est aucunement un dysfonctionnement de marché, c’est un autre problème (de formation en général). Accuser l’économie de marché de produire des bas salaires c’est ne pas comprendre comment fonctionne l’économie. On ne peut pas régler le problème des bas salaires si on ne l’identifie pas proprement. Si vous avez un grand nombre de sans-emplois non qualifiés, le marché fait son job de coordination, même si le résultat final ne vous plait pas.

Mais si (comme moi) vous trouvez cela injuste, il ne faut pas se tromper de cible. Les prix agissent comme un thermomètre et nous informent de deux choses : être sans qualifications au 21ème siècle n’est pas un choix de carrière durable, et certaines professions manquent d’effectifs puisqu’à l’inverse les salaires y sont élevés. Une solution ? On peut tenter de jouer les alchimistes à bricoler les prix comme on l’a fait en France, ou l’on peut considérer sérieusement la question de la formation, comme l’ont fait des pays comme la Suisse, qui n’a pratiquement aucun chômage des jeunes.