Les islamistes censurent les caricatures avec leurs armes, le gouvernement irlandais avec la loi

Traduction de Alors que les islamistes cherchent à réduire les caricaturistes sous silences avec leurs armes, le gouvernement irlandais dit Silence, publié par Atheist Ireland.

 

À la suite de la Convention Constitutionnelle de l’année dernière, le gouvernement irlandais s’est engagé auprès de la Chambre des Ministres qu’il tiendrait un référendum sur le blasphème durant l’année 2015. Le 8 janvier de cette année, il a malheureusement annoncé qu’il serait hautement improbable qu’il organise un référendum avant les prochaines élections (ndt. qui auront lieu en 2016) et que les évènements récents à Paris ne changeraient pas leur décision.

Alors que les islamistes cherchent à réduire les caricaturistes sous silences avec leurs armes, le gouvernement irlandais dit Ciúnas (ndt. silence en irlandais).

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Joan Burton, vice-premier ministre, et Frances Fitzgerald, ministre de la justice et de l’égalité

 

Malgré cela, de nombreux membres du gouvernement ont posé avec des affiches « Je suis Charlie » lors d’un rassemblement de solidarité à Dublin et le premier ministre a participé à la manifestation à Paris. Comment est-ce que les ministres peuvent parler de solidarité avec les caricaturistes alors que les mêmes caricatures publiées en Irlande verraient leurs auteurs poursuivis pour blasphème ? Les tribunaux irlandais mettraient en examen les caricaturistes pour exactement les mêmes raisons que celles invoquées par les meurtriers islamistes. Il devrait y avoir une plus grande distance morale entre les positions de l’état irlandais et celle des meurtriers islamistes. La sévérité avec laquelle nous punissons le blasphème ne doit pas être la seule différence entre nous et de tels terroristes. Le gouvernement irlandais ne peut pas prétendre être solidaire avec Charlie alors que leur décision la plus récente a été de chercher à maintenir et étendre les prohibitions légales existantes en Irlande sur le blasphème.

À l’inverse, Atheist Ireland défend l’idée que toutes les idées religieuses et tous les dirigeants religieux puissent être ouvertement critiqués, tout comme le sont n’importe quelles autres idées ou dirigeants. Une telle liberté d’expression est indispensable pour avoir un véritable débat public sur la santé, l’éducation, les lois familiales et de nombreux autres domaines de politique publique où la religion essaie de gagner de l’influence. Pour cette raison, Atheist Ireland soutien le droit de publier des caricatures, ou toute autre forme de satire, qui sont ouvertement blasphématoires, même si certaines personnes pourraient trouver ces publications choquantes ou de très mauvais gout. Les journaux qui souhaitent reproduire ces caricatures (comme la newsletter Secular Sunday) devraient être libres de le faire.

Ces questions ont attiré beaucoup d’attention à l’international ces derniers temps. Dans ce contexte, il est important de noter que la mort pour blasphème n’est pas la pratique exclusive de meurtriers islamistes, mais aussi de nombreux pays. Par exemple, le Pakistan prévoit d’exécuter Asia Bibi sous peu pour avoir commis un blasphème. De plus, dans une tentative d’exporter son traitement du blasphème vers d’autres pays, le Pakistan a réutilisé la formulation exacte de la législation irlandaise sur le blasphème auprès des Nations Unies, comme étant un modèle à suivre dans le monde. En conséquence, notre positionnement unique en tant que seul pays occidental à avoir récemment introduit une nouvelle loi sur le blasphème pose problème bien au-delà de nos propres frontières.

Le professeur Heiner Bielefeldt, rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté de religion, a répondu à Atheist Ireland à propos des lois irlandaises sur le blasphème :

Bien sur, vous avez raison de dire que l’impact principal de cette législation est avant tout international. Je ne m’attends pas à des sanctions dures exprimées à l’encontre de l’Irlande, mais les pays qui continuent d’avoir des pratiques anti-blasphématoires problématiques se plaisent à citer des pays européens pour dénoncer l’hypocrisie occidentale. J’espère donc que les choses évolueront dans la bonne direction. On peut notamment citer le commentaire général no 34 du Comité des Droits de l’Homme et le Rabat Plan of Action. Ces deux documents exhortent les états à ne plus criminaliser les soit-disant blasphèmes.