Droits des femmes – Il reste beaucoup à faire

 

Au lendemain du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, il est nécessaire de rappeler que le combat pour le droit des femmes est loin d’être terminé. S’il y a eut de réelles avancées dans les pays occidentaux, il reste des domaines sur lesquels l’intervention de l’état est toujours un poids réel pour l’autonomie des femmes. Il ne faudrait pas croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Oui, les problèmes auxquels elles font face sont d’un autre ordre que ce que d’autres peuvent subir dans les pays pauvres ou en voie de développement, mais ce n’est pas une raison valable pour ne pas se pencher sur la question (tout comme, pardonnez-moi l’analogie douteuse, « les petits enfants africains qui meurent de faim » n’est pas une excuse valable lorsque vos enfants pointent du doigt que vos plats sont mauvais).

 

Premièrement, un des problèmes qui a focalisé beaucoup d’attention et a généré beaucoup d’envolées lyriques (à mon sens très irrationnelles des deux côtés), est la différence de salaire entre hommes et femmes. L’énergie déployée par les libéraux pour tenter de nier un phénomène longuement documenté par l’INSEE, au prétexte fallacieux que cela contredirait leurs préconceptions sur l’économie, m’a beaucoup surpris. Non seulement l’INSEE est reconnu par tous comme étant le juge de paix en terme de données, mais cette étude était accompagnée de nombreuses explications quant aux sources des inégalités hommes/femmes, qui déplairaient tout à fait à nos chers amis étatistes s’ils l’avaient réellement lue (car, non, les femmes ne gagnent pas 25% de moins que les hommes pour le même boulot).

L’enseignement en France est tout sauf neutre, mais je prêche des convaincus ici. Si les professeurs sont biaisés et projettent leurs propres biais lors de leurs cours, en quoi serait-il si difficile de croire que les professeurs (et les parents) sont victimes d’un biais sexiste, et que cela a des répercutions sur les élèves ? Une des causes principales des écarts de salaires est que les jeunes filles font des choix d’études et de carrières différents que ceux des jeunes garçons, et se retrouvent donc dans des métiers qui paient moins. Pardonnez-moi cette caricature, mais on ne peut pas espérer avoir un salaire d’ingénieur logiciel quand on va étudier en psychologie ou en langues. La responsabilité de l’école publique dans le conditionnement des jeunes enfants doit être posée, sans que ce soit fait de manière consciente pour autant (c’est le principe même du biais psychologique).

On nous rabâche les oreilles que le but premier de l’école est de s’assurer que chacun soit traité à égalité, quelque soit son sexe, sa religion ou son origine. Est-ce que le biais sexiste qui pousse les garçons et les filles dans des filières différentes provient des parents, des enfants ou des professeurs, je n’ai aucune donnée chiffrée qui puisse abonder dans un sens comme dans l’autre, mais je ne peux m’empêcher de faire le constat que malgré une éducation intégralement étatisée, ce n’est pas le havre d’égalitarisme qu’on nous a vendu, et c’est en ce sens que je me permets de pointer un dysfonctionnement grave de l’éducation nationale qui ne remplit pas son rôle.

 

Un autre aspect qui demande un peu plus d’attention, parce qu’au delà de la question morale il a de grandes conséquences sociales et économiques, est la possibilité pour les femmes d’avoir un libre accès à la contraception et à l’avortement. Or, la situation à ce sujet dans les pays occidentaux (États-Unis et Irlande en tête de gondole) est loin d’être réglée. L’avortement est toujours illégal en Irlande, ce qui contraint de nombreuses femmes à subir des grossesses non désirées quand elles n’ont pas les moyens de payer un avortement (couvert par aucune assurance) en Grande-Bretagne.

Le droit pour les femmes de disposer de leur propre corps est non seulement un argument moral auquel tout le monde devrait souscrire, mais c’est aussi le meilleur instrument d’émancipation économique pour les concernées. L’étude tant décriée de l’INSEE sur les inégalités hommes/femmes montre une chose : la maternité joue un rôle largement sous-estimé dans la construction des inégalités de salaire. Libéraliser l’accès à la contraception et à l’avortement est, certes, une idée féministe (quelle horreur !), mais c’est surtout un formidable moyen pour les femmes de maitriser leur maternité, afin qu’elle soit voulue, et ne soit pas un frein pour leur propre carrière.

La libéralisation de la vente de pilules contraceptives est un exemple très intéressant quand il s’agit d’expliquer quels sont les bénéfices d’une plus grande concurrence, et quels sont les problèmes des régulations maquillées sous des montagnes de bonnes intentions. La règlementation française impose à toutes les femmes qui désirent avoir accès à la pilule de prendre rendez-vous tous les six mois chez le gynécologue, pour que ce dernier vous signe la même ordonnance tous les six mois pour la même pilule que celle que vous prendrez tous les jours durant plusieurs décennies. Ensuite, vous devez vous rendre chez le pharmacien pour l’acheter, mais là encore la règlementation en vigueur vous oblige de l’acheter au détail, malgré le fait encore une fois que vous allez prendre strictement la même durant des décennies.

On peut me reprocher de m’attarder sur une histoire anecdotique, mais c’est pourtant un exemple très révélateur des mentalités qui sévissent au sommet de l’état, toujours prêt à jouer l’état-nounou pour mieux vous protéger des soi-disant dégâts que vous pourriez vous infliger à vous-même. Libéraliser l’achat de pilule n’aurait, contrairement à ce que des lobbys se plaisent à prophétiser, pratiquement aucun impact concret sur la santé des femmes, mais ferait baisser les couts d’accès à la contraception, ce qui offrirait à ces dernières un plus grand contrôle sur leurs choix de famille et de carrière.

 

Un autre aspect règlementaire qui ne joue pas en faveur des femmes sont toutes les barrières migratoires qui placent de nombreuses femmes dans des situations légales extrêmement compliquées. Pour toutes les sans-papiers, il est impossible d’avoir accès à un logement (légalement), à un compte en banque, aux soins, à un quelconque travail… On parle sans arrêt des conditions horribles dans lesquelles vivent les prostituées sans-papiers, mais personne ne semble se rendre compte que leur condition est intégralement due à des interdictions légales. Si leur présence et leur activité étaient légales, la situation serait sans aucun doute radicalement différente pour elles.

Assouplir les restrictions sur l’immigration serait aussi une énorme opportunité pour de nombreuses femmes (souvent accompagnées d’enfants) puissent améliorer leur niveau de vie. Cela a été montré, et démontré de nombreuses fois, l’immigration agrandit la richesse globale en permettant aux individus de se rendre là où leurs capacités seront le mieux mises à profit.
Puisque sécuriser les droits de propriété et la liberté de commerce dans certains pays semble être un rêve éveillé, assouplir les conditions pour l’immigration dans les pays européens serait une réforme au cout quasi nul, mais aux bénéfices à moyen et long terme certains – autant pour les immigré[e]s que pour les pays en question.

Loin de moi tout angélisme, l’immigration ne va pas du jour au lendemain rendre tout le monde heureux et riche, mais c’est un bon point de départ. Les femmes souffrent d’injustices encore plus graves dans de nombreux pays pauvres que ce qu’elles peuvent rencontrer ici, et si leur ouvrir la porte est une solution simple, et qui peut permettre à une poignée de femmes de sortir de leur misère sans ajouter aucune lourdeur bureaucratique ni couter un centime d’argent public, il faudra avoir des arguments un peu plus solides que la peur des cantines halal pour leur nier un tel droit.

 

Et enfin, pour conclure sur le droit des femmes à disposer de leur propre corps, il y a la revendication (par les principales intéressées) de libéraliser la situation des travailleuses du sexe. Ce serait un exemple très instructif des dérives conservatrices des mentalités françaises si ce n’était pas, encore une fois, un drame pour les concernées.

Il est stupéfiant d’observer à quel point l’on peut considérer que quelque chose est bien s’il est fait gratuitement, mais dès que l’argent entre en jeu tout de suite c’est la pire des horreurs qui doit être interdite. Je me rappellerai toujours d’un débat auquel j’avais assisté où une sociologue tentait d’expliquer à une représentante du STRASS (syndicat principal des travailleuses du sexe) pourquoi est-ce que le travail du sexe devrait être illégal, non pas parce qu’elle trouva mal qu’un homme puisse avoir du sexe en échange d’argent, mais parce que les droits des travailleuses passe après la lutte contre le Grand Capitalisme (TM).

L’argument conservateur contre la prostitution est bien connu, et très éculé, mais celui « de gauche » est d’autant plus révoltant qu’il reconnait presque implicitement que les interdits légaux actuels ont des effets terribles pour les femmes concernées. Simplement, voyez-vous, le combat idéologique passe devant la réalité des souffrances des femmes.

La situation est pourtant limpide : le travail du sexe est concrètement interdit en France, à l’encontre de ce que demandent les syndicats du milieu (le STRASS en tête de gondole), qui voudraient voir une plus grande souplesse dans la loi afin que les travailleuses puissent s’organiser, se préoccuper de leu sécurité, de leur santé et avoir plus de protections (notamment légales) contre les clients violents.

 

Et enfin, je conclurai avec une note un peu plus personnelle : la question des droits des femmes n’est absolument pas traitée de façon sérieuse par de nombreux libéraux, qui n’hésiteront pas à nier les statistiques lorsqu’elles n’abondent pas dans le sens de leurs idées préconçues. Comme j’ai tenté de le montrer, il existe de nombreuses revendications féministes qui pourraient tout à fait être considérée comme libérales, et l’état joue toujours un rôle important dans la construction et le maintient des inégalités entre hommes et femmes.

Mon regret est qu’une idéologie historiquement riche, et qui a défendu ce dont les femmes ont trop longtemps été privées (autonomie personnelle, droit de vote, libertés civiles et économiques, droits de propriété…) se retrouve caricaturée en « club de mecs » parce que nous n’arrivons pas à regarder au-delà de nos propres préjugés. Le fait que la sphère libérale soit largement sur-représentée par des hommes devrait nous pousser à nous poser des questions.

D’un autre côté, le féminisme est (trop souvent) caricaturé comme étant une nouvelle incarnation du marxisme, et à ce titre les revendications féministes ne seront même pas considérées sérieusement. « Le capitalisme subit son procès devant des juges qui ont la peine de mort dans la poche » disait Schumpeter, vous me permettrez de reprendre ses mots et de constater que les instigateurs du procès fait au féminisme ont déjà la sentence de « gauchiste » à la bouche, et refusent de considérer sérieusement les arguments qui sont émis.