« L’avenir du libéralisme en France, c’est le libéral-conservatisme »

Je voulais prendre le temps une fois pour toutes de donner mon opinion sur la question des fameux libéraux conservateurs. Ça a été un sujet de débat assez bruyant l’année passée dans la sphère libérale française, mais apparemment tout n’a pas été dit, ou tout du moins tout n’a pas été clairement exprimé.

J’ai encore reçu sur Ask.fm une question – ou une affirmation devrais-je plutôt dire – mettant en avant la soit-disant nécessité du conservatisme libéral pour faire fleurir les idées libérales en France.

Ce qui, vous l’aurez deviné, ne me convient pas. Et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord parce que le conservatisme libéralisme est en soi un compromis entre deux idéologies différentes. C’est la tentative de marier les idées d’économie de marché et d’État limité avec une approche conservatrice sur les questions sociales et de liberté civiles.

Je respecte tout à fait cette approche, même si ce n’est personnellement pas la mienne, mais prétendre que le Vrai Libéralisme™ est un libéralisme de compromis est tout bonnement hypocrite. C’est soit s’imaginer que le libéralisme est inapplicable en soi, et doit être tempéré avec des idées conservatrices, soit s’imaginer que la population est trop conservatrice pour tolérer une approche holistique.

Ce qui, dans aucun des cas, ne traduit une approche libérale cohérente. Ne vous méprenez pas : je n’ai rien contre ceux qui s’identifient comme libéraux conservateurs, mais j’aimerais simplement qu’ils arrêtent d’essayer de se revendiquer comme les détenteurs réels d’une pensée politique qu’ils refusent d’appliquer de façon cohérente.

Imaginez une seule seconde que des membres de Terra Nova, le think tank proche du Parti Socialiste, tentent de faire reconnaitre leur idéologie comme étant le Vrai Libéralisme™, au nom du fait que le libéralisme économique est destructeur pour la société, et qu’un libéralisme cohérent doit passer par une économie administrée.
Si ce raisonnement vous semble absurde, c’est exactement ce qu’il me passe par l’esprit quand j’entends qu’il faut s’opposer au mariage homosexuel au nom du libéralisme.

Ensuite, même en mettant de côté les questions sémantiques, je ne pense pas que ce compromis soit une recette gagnante. Les idées conservatrices sont clairement sur le déclin, et maintenant est probablement le pire moment pour tenter de les mettre en avant sur une plateforme politique.

L’opposition au mariage pour tous, à la dépénalisation des drogues, à l’immigration, aux réformes judiciaires et à la libération sexuelle n’est certainement pas une plateforme avec laquelle on pourra capitaliser sur la jeunesse (en France comme ailleurs). Pour chacun de ses sujets, l’âge est un facteur majeur dans l’adhésion ou non aux réformes en question. Fin 2013 par exemple, seuls 44% des 18-24 ans étaient opposés à dépénaliser le cannabis, contre 73% des plus de 65 ans.

La jeunesse est naturellement en faveur de bon nombre de réformes libérales sur les questions sociales. Je ne comprends absolument pas la logique de devoir s’imposer des compromis idéologiques, pour en plus se mettre à dos une catégorie de la population entière, avec qui nous avons des points communs.

Pour conclure, je continue de considérer que les libéraux conservateurs sont des alliés objectifs du libéralisme. Nous avons des points de désaccord, identifions-les et n’en parlons plus. Il y a suffisamment de points d’accord sur lesquels nous pouvons nous entendre pour faire avancer la société dans la bonne direction.