La politique en une page

Traduction de Politics in One Page de Jeffrey Tucker

 

À chaque période électorale, une nouvelle génération atteint l’âge légal nécessaire pour découvrir le théâtre politique. L’expérience est très instructive. Elle vous pousse à formuler votre opinion sur ce qu’il se passe dans le monde. Quel candidat représente le mieux mes valeurs et partage ma vision des choses ? Plus fondamentalement, que devrait-il se passer en politique ?

Avec le temps qui passe, et votre expérience des élections successives, les illusions commencent à s’évanouir. Vous finissez par voir la chose politique pour ce qu’elle est.

Cet article est donc pour ceux qui ne le voient pas encore. C’est un tutoriel rapide sur la réalité politique, et une façon d’éviter l’inconfort de découvrir peu à peu la réalité par vous-mêmes.

Leçon no 1 : Votre bulletin ne peut changer le cours d’une élection.

Ce n’est pas que votre vote ne compte pas du tout. Il peut avoir un impact, mais les chances sont extrêmement faibles. Si vous vivez dans un état clé pour l’élection, vous avez au mieux une chance sur 10 millions de faire basculer l’élection. Mais en moyenne, un électeur a une chance sur 60 millions d’influencer de façon décisive l’élection présidentielle, comme le conclut le Economic Enquiry lors d’une analyse statistique. Comme le surligne l’auteur, vous avez plus de chance de mourir dans un accident de voiture en route vers l’isoloir.

Pourquoi est-ce que tout le monde vote alors ? Ont-ils tous tord ? Peut-être, mais beaucoup d’entre eux qui considèrent voter comme un bien de consommation, dans le sens où ils y prennent du plaisir. Ça leur donne un sentiment patriotique. Il n’y a rien de mal à cela, mais si vous votez toujours dans le but de changer le résultat (et êtes toujours terrifié à l’idée que vous abstenir pourrait ruiner l’élection), voici une solution. Trouvez quelqu’un qui votera différemment, et allez tous les deux boire un verre.

Leçon no 2 : Vous votez pour des personnes, pas pour des réformes.

Le début de la sagesse politique commence avec la réalisation que les candidats principaux ne sont pas la somme des options idéologiques.

Il y a des élections dans ce pays où des sujets réels et précis sont discutés. Lors des élections locales, il y a des référendums sur les problèmes obligataires, les impôts, la décriminalisation du cannabis, etc. Des choses excitantes ! Mais au niveau fédéral, ce n’est pas le cas. Vous ne votez que pour le personnel. Oui, les candidats peuvent promettre X ou Y, mais comment ils se comporteront après l’élection est quelque chose totalement en dehors de votre contrôle, et il n’y a pas de réclamation possible si quoi que ce soit se déroule mal.

Ne serait-ce pas mieux si l’on avait de réelles élections nationales sur les différentes questions ? Imaginons que chaque bulletin ait une liste de postes de dépenses, de propositions et de méthodes de gestion. Combien voteraient pour que leur smartphone soit sous surveillance ? Pour de moins en moins de choix dans la santé ? Pour une plus forte taxe sur les carburants ? Je ne connais pas la réponse, mais il serait intéressant de poser ces questions. La démocratie directe sur des questions précises est faisable technologiquement aujourd’hui. Il est même possible de fournir aux citoyens le gouvernement qu’ils veulent sous forme d’abonnements. Mais on ne le fera pas car la classe politique aime le système tel qu’il est.

Leçon no 3 : Ces gens ne sont pas le gouvernement en réalité.

L’année dernière, j’ai calculé le nombre de fonctionnaires qui font fonctionner l’état, et je l’ai comparé au nombre de personnes que l’on élit. En fonction de la façon dont on fait le calcul, nous avons le droit de n’élire qu’entre 0.0004% et 0.02% de ceux qui gouvernent nos vies. Les non-élus représentent la partie submergée de l’état dont personne ne veut parler. Vous pourriez envoyer toute la clique des élus au Zimbabwe pour quatre ans, il n’y aurait aucune différence.

Mais est-ce que le rôle des élus n’est pas de gérer tout ce monde ? Pas vraiment. La plupart des bureaucrates permanents ne peuvent être licenciés, quoi qu’il arrive. Dans tous les cas, déléguer à des professionnels est ce en quoi les élus sont spécialisés. La première action du président est de remplir 3000 postes avec du personnel politique. Les bureaux du congrès sont gérés par des amateurs depuis Washington. Les politiciens sont spécialisés dans ce qu’ils font aujourd’hui : essayer de se faire élire. Le début de leur mandat est le premier jour de leur campagne électorale suivante.

Leçon no 4 : Ils ne sont pas les seules options.

Le début de la sagesse politique commence avec la réalisation que les candidats principaux ne sont pas la somme des options idéologiques. Le candidat A dit que la politique de santé doit aller dans une direction, et le candidat B dit qu’elle devrait aller dans une autre direction. Ce qu’aucun des candidats ne vous dira est que peut-être est-ce que la santé ne devrait pas être la responsabilité du gouvernement. Et ceci est valable pour toute autre question nationale : communications, travail, énergie, environnement, politique étrangère, etc.

L’intégralité du débat politique conventionnel est basé sur l’idée que le gouvernement devrait tout faire fonctionner. Ce qui est ignoré est la plus grande idée jamais découverte dans l’histoire des sciences sociales : la société s’ordonne elle-même mieux qu’aucune autorité ne le pourrait.

C’est vrai pour l’économie, mais aussi pour la culture, les services de sécurité, la religion, et la vie de famille. La liberté fonctionne mieux. Cette découverte est ce qui a mis sur pied la civilisation. Mais cette idée est absente des options qui nous sont proposées. Peu importe : vous pouvez la découvrir par vous-même si vous êtes assez courageux pour vous aventurer hors du paradigme partisan.

Leçon no 5 : Les changements de société se produisent souvent sans le gouvernement.

Chaque candidat parlera de sa propre vision pour les États-Unis. Ils s’expriment comme s’ils voulaient, pouvaient, ou étaient, en charge de faire avancer l’histoire. Mais regardez autour de vous : le progrès dont vous profitez dans votre vie de tous les jours ne doit rien à la classe politique. Pensez aux applications que vous utilisez pour rester en contact avec votre famille, pour trouver votre chemin dans une ville inconnue, surveiller votre santé, vous forger un réseau. Ces services n’ont jamais été accordés par la classe politique. Ils nous ont été fournis par des entrepreneurs et des entreprises, en s’améliorant dans le processus d’évolution sociale.

Le théâtre politique est une distraction.

Dans « Est-ce que la politique est obsolète ? » Max Borders et moi-même avons exploré tous les changements que le monde a vu se produire durant les quatre dernières années. C’est révolutionnaire. Rien de tout cela ne fut anticipé durant la dernière élection. Et rien de tout cela n’a été inspiré par quelconque politique. Le changement est au cœur de la fabrique de l’ordre social. Et ce changement continue de jour en jour. Si vous voulez en faire partie, aider à changer le monde, alors le monde de l’entreprise et de l’action individuelle est fait pour vous. De part bien des façons, le théâtre de la politique est une distraction – une opportunité d’apprendre, oui, mais au final rien de décisif dans le monde que l’on souhaite construire.

La tendance à traiter les élections comme des moments importants dans nos propres vies pourrait bien être le produit de la démocratie. Nous sommes poussés à croire que nous sommes aux commandes du système. Alors, nous nous flattons avec cette idée que nos opinions aient un impact. Après tout, nous les électeurs sommes en charge de bâtir le régime sous lequel nous vivons. Mais si vous y regardez de plus près vous découvrirez une vérité qui est à la fois terrifiante et glorieuse : la fabrique d’une grande société ne peut être sous-traitée. C’est à vous et moi-même de nous en charger.