San Francisco rejette une proposition anti-Airbnb orwellienne

La Californie est une zone du monde très étrange, où cohabitent une des plus grandes concentrations au monde d’entrepreneurs au mètre-carré, ainsi qu’un des mouvements de luddites les plus actifs. À tel point que de nombreuses manifestations ont eu lieu avec des signes « Google dégage », et que les développeurs vivant sur la côte ouest sont frappés d’infamie. La ville de San Francisco, engluée dans son immobilisme politique, n’a rien fait ces dernières années pour améliorer a crise du logement à laquelle elle fait face. De plus en plus d’ingénieurs viennent s’y installer, mais la construction de nouveaux logements ne suit pas la demande. Résultat, les loyers et le cout de la vie s’envolent.

La faute à qui ? Un plan d’urbanisme tellement contraint que les constructions sont quasi impossibles ? Non, la faute à Airbnb apparemment. En tous cas, c’est ce que la ville et les nouveaux luddites voudraient faire croire. Plutôt que de remettre en cause des plans d’urbanisme contre-productifs (leur but originel n’est-t-il pas d’améliorer la qualité de vie des résidents, au lieu de les transformer en sans-abris ?), la ville a tenu un référendum pour la « Proposition F », visant à créer un cadre orwellien autour des locations Airbnb. Heureusement, la proposition a été rejetée1.

Calvin Welch, un des architectes de la Proposition F, permet de mieux apprécier la complexité et la réalité de la situation du logement à San Francisco. Dans les années 702, il fût l’un des architectes d’un plan visant à réduire la densité d’habitation dans la ville. Plus récemment, il est apparu dans une vidéo expliquant que construire plus de logements augmente les prix des loyers3. Il faudrait le prévenir qu’une telle découverte est digne d’un Prix Nobel (s’il arrive à prouver ses dires). Et surtout, si ce qu’il dit est vrai, San Francisco ne souffrirait pas de hausse des prix, puisque la ville ne construit qu’une poignée de logements4, n’est-ce pas ?

Pointer du doigt Airbnb est un geste habile pour se laver de toute responsabilité, tout en donnant un bouc-émissaire pour les activistes anticapitalistes. Dans un marché où il n’y a pas assez de construction, il est vrai qu’Airbnb va tirer les loyers vers le haut en retirant des logements du marché locataire. Mais c’est ne rien comprendre aux mécaniques économiques que de tirer un lien de causalité entre Airbnb et une hausse des prix sans pousser la réflexion plus loin. Les mécaniques de prix sont là pour envoyer des signaux, et une hausse des loyers signifie une hausse de la profitabilité de la construction. Pourquoi est-ce que les investisseurs (ces affreux capitalistes qui ne cherchent que le profit) ne mettent pas des millions sur la table pour construire des immeubles d’appartements ? Je peux vous garantir que ce sera très, très profitable. Mais comme d’habitude, personne ne relève que ces vilains exploiteurs d’enfants chinois ne sont pas là pour profiter de ce qui semble être une merveilleuse opportunité.

En quoi la proposition F aurait-elle pu être un problème ? Pour commencer, elle cherchait à obliger Airbnb à notifier les copropriétés que l’appartement est mis en location sur le site, au cas où les utilisateurs du site ne le fassent pas, à autoriser la ville à piocher dans les bases de données Airbnb, et les utilisateurs auraient eu à fournir à la ville un rapport trimestriel sur l’occupation de leur logement pour que les locations ne dépassent pas 75 jours d’occupation par an. Toute proportion gardée, je dois tout de même pointer du doigt que c’est le genre de programme que la NSA avait mis en place, avec toute la vague de critiques et de scandales qui ont suivi. Pourquoi est-ce que personne ne pointe du doigt, dans une ville largement dominée par un électorat et des élus démocrates, que c’est exactement ce qu’ils critiquent par ailleurs ? N’y a-t-il pas un léger deux poids deux mesures ?

L’aveuglement de la gauche américaine sur ce sujet est palpable. Comme le titre Vice, « Personne ne peut trouver un remède à la crise du logement de San Francisco5« . Si, il y a des remèdes connus et parfaitement documentés. Que Vice n’arrive même pas à les citer en dit très long sur leur aveuglement idéologique. La possibilité que les autorités locales ait créé de toute pièce cette crise est un concept qui leur est interdit de concevoir. Les villes les plus chères des États-Unis (San Francisco, New York, Washington, etc.) sont des villes connues pour leurs plans d’urbanisme extrêmement contraignants. L’article ne prend même pas le soin de mentionner ce qui est une théorie économique très courante, même pour la critiquer.