Le déclin de la violence – La fin des grandes guerres

Le fait le plus contre-intuitif qui frappe quiconque étudie l’histoire de la violence et des guerres est que nous sommes, relativement parlant, au milieu d’une période de paix sans précédent. Les conflits auxquels nous faisons face – la guerre civile en Syrie, les attaques terroristes de l’État Islamique, le traitement des dissidents politiques en Arabie Saoudite, les fusillades aux États-Unis – font la une des journaux pour une très bonne raison : nous vivons une période tellement pacifique en comparaison, que ces instances de violence occupent tout l’espace médiatique. Il a été remarqué (à raison) qu’il faut remonter à la seconde guerre mondiale pour retrouver des évènements aussi sanglants. Mais avant la seconde guerre mondiale ? Deux cent morts n’auraient pas été drame national d’une telle ampleur. La réalité est que les conflits sanglants ont ébranlé l’Europe sans relâche durant le Moyen-Âge et la Renaissance, et jusqu’à récemment.

Loin de moi l’idée de minimiser ce qu’il s’est passé à Paris. Cette attaque est d’une horreur que l’on avait pas vu depuis longtemps. Mais c’est bien là où je veux en venir : cet évènement est exceptionnel. Il est, et restera, l’exception à la réalité de paix dans laquelle nous vivons depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

L’obsession morbide des médias pour la violence nous pousserait à croire le contraire. Je suis prêt à parier que si j’arrêtais des passants dans la rue pour leur demander si vous vivons dans une époque plus dangereuse ou plus paisible de nos jours, j’obtiendrais des réponses unanimement pessimistes. Mais c’est parce que la télévision est biaisée : elle ne parle que des évènements qui se sont produits. Un meurtre, un attentat, une guerre civiles sont des évènements. Deux pays qui historiquement se haïssaient, mais entretiennent des relations amicales depuis plus de 60 ans, ce n’est pas un évènement. Une épidémie qui ne s’est pas propagée grâce aux vaccins, ce n’est pas un évènement. Le présentateur TV n’ouvre pas son journal avec la liste des pays qui ne sont pas en guerre, il ouvre son journal avec la liste des pays qui sont en guerre.

Il y a pourtant 7 évènements qui ne se sont pas produits en France (et dans le reste du monde) depuis 1945, qui semblent certes être des évidences, mais qui historiquement représentent une grande avancée pour l’humanité.

Depuis 1945, aucune bombe atomique n’a été utilisé dans un conflit armé. Les USA et l’URSS ont détoné de nombreuses bombes d’essai pour se faire peur l’un l’autre, mais Hiroshima et Nagasaki resteront les deux villes tristement célèbres pour avoir été les cibles de bombes nucléaires.

Depuis 1945, les deux blocs de la guerre froide ne se sont jamais affrontés sur le champ de bataille. Oui, il y a eu des conflits armés, il y a eu des guerres entre alliés de l’URSS affrontant les USA et vice-versa, mais jamais les États-Unis et l’Union Soviétique se sont retrouvés face à face.

Depuis 1956, aucune des grandes puissances militaires n’est entré en guerre avec une autre grande puissance. C’est littéralement la première fois que cela c’est produit depuis l’empire romain. Le dernier record de la paix la plus longue entre puissances majeures n’avait duré que 44 ans, durant le 19ème siècle.

Depuis 1956, aucun des quarante quatre pays les plus développés n’a affronté militairement un autre pays de ce classement. Non seulement les grandes puissances ne s’affrontent plus, mais l’économie joue maintenant un rôle pacificateur historiquement nouveau. Les pays riches ne se font plus la guerre.

Depuis 1945, aucun pays de l’ouest n’est entré en guerre avec un autre pays occidental. Aucun. Pas une seule fois. Pour remettre les choses en perspectives, entre l’an 1400 et 1945, on recense en moyenne deux nouveaux conflits armés déclarés chaque année entre pays européens.

Depuis 1948, aucun des pays développés n’a absorbé un pays entier par conquête militaire. Depuis 1975, aucun pays développé n’a agrandi son territoire par la force militaire tout court. C’est même l’opposé qui s’est produit, avec une déconstruction progressives des colonies.

Depuis 1945, aucun pays officiellement reconnu n’a été purement et simplement effacé de la carte par conquête militaire. Certains pays se sont séparés, mais la plupart des frontières nationales de 1945 sont toujours présentes de nos jours (à l’exception du Vietnam, qui s’est réunifié).

Encore une fois, le but de cet article n’est pas de nier qu’il existe toujours des conflits armés dans ce monde, ou de prétendre que la violence est une chose du passé. Je cherche juste à montrer que, objectivement, les problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui ne sont plus de la même ampleur que ceux auxquels nous étions confrontés auparavant. Cela ne rend pas les évènements récents plus ou moins terribles, mais ce constat devrait nous pousser à remettre en question la perception que nous avons de ces conflits armés.

 

Cet article puise outrageusement dans l’ouvrage The Better Angels of Our Nature de Steven Pinker.