Ce que les terroristes veulent, on leur apporte sur un plateau d’argent

Une nouvelle attaque terroriste vient de frapper l’Europe, cette fois-ci au plein cœur de Bruxelles, en Belgique. Elle a été revendiquée sans surprise dans les heures qui ont suivi par l’État Islamique, et par des remarques d’une indécence immonde de la part des politiques français. À côté de la tristesse suscitée par l’attentat en lui-même, j’ai été frappé de voir à quel point est-ce que le déroulement des événements était prévisible. Entre les récupérations politiques, les fausses images recyclées d’anciens événements, les accusations envers la communauté musulmane de la droite et l’obsession maladive de la gauche pour expliquer que ça n’a rien à voir avec la religion, j’avais l’impression d’être revenu en novembre dernier.

Au milieu du chaos et du sentiment d’impuissance qui s’installe, je voulais prendre le temps de rappeler quels sont les objectifs de l’État Islamique. Je sais parfaitement que le climat n’est pas propice à toute réflexion rationnelle, mais c’est précisément là où je veux en venir : le but du terrorisme n’est pas de nous pousser à nous asseoir autour d’une table en gentlemen pour discuter de choses sérieuses.

 

Pardon pour cette lapalissade, mais le but premier du terrorisme est d’instiller… la terreur. N’importe quelle autre tragédie causant 30 morts n’attirerait pas ce genre de couverture médiatique ni de tel emballement politique. En sortant de chez vous, la probabilité que vous soyez la cible d’une attaque terroriste reste toujours infinitésimale. Le but du terrorisme n’a jamais été de faire accroître la mortalité, mais de vous persuader que demain, vous serez sur la liste des victimes, alors que vraisemblablement vous mourrez de mille et une choses avant d’être confrontés à une attaque terroriste. Nous prenons tous des risques bien plus grands tous les jours lorsque nous montons dans une voiture, que nous traversons un passage clouté, ou que nous buvons une bière de trop au bar. Gardons à l’esprit que le terrorisme reste une cause de mortalité extrêmement faible, et que les terroristes voudraient précisément que vous soyez persuadés du contraire.

 

La deuxième chose à garder à l’esprit, cette fois-ci plus spécifique à l’État Islamique, est qu’ils essaient de construire une rhétorique manichéenne avec les musulmans d’un côté et les chrétiens de l’autre. Que leur idéologie soit sincèrement alimentée par la religion ou non, cette dernière est sans aucun doute utilisée comme instrument de division. Al-Qaida en son temps poursuivait déjà une logique similaire : attiser la haine religieuse pour monter les chrétiens occidentaux contre leurs voisins musulmans. Lorsque les attentats sont utilisés comme prétexte pour stigmatiser des communautés entières, c’est au final sauter à pieds joint dans le piège tendu par les djihadistes. Les musulmans, ostracisés, refoulés aux portes de l’Europe, n’auront d’autre choix que de se retourner vers leurs semblables, dans cette logique binaire. La chose dont Daech a peur plus que tout est de voir des musulmans parfaitement intégrés dans les sociétés occidentales, puisque cela remet leur rhétorique en question.

Il y a bien entendu des problèmes avec certains immigrés musulmans1, qui disons-le ne proviennent pas de cultures particulièrement tolérantes, mais adresser ce problème et aborder la question du terrorisme doivent se faire sans généraliser vis-à-vis de la population musulmane dans son ensemble, qui pour la majorité est parfaitement paisible et ne cherche pas à rejoindre le djihad.

 

Et enfin, l’État Islamique n’est pas un paradis libéral fondé sur les idées des lumières, avec un profond respect des valeurs de démocratie, de séparation des pouvoirs, de respect des libertés, ni de justice. Même si à ma connaissance ils ne revendiquent pas vouloir mettre ces grandes idées à mal, c’est au final ce que l’on réussi à s’imposer inutilement à nous-même. Les grands discours sur la liberté d’expression en janvier 2015 ont été suivis d’arrestations de mineurs pour s’être exprimés d’une façon qui n’était pas suffisamment Charlie aux yeux du pouvoir. Les gouvernements occidentaux sont en pleine hystérie anti-vie privée, et cherchent par tous les moyens à combattre les outils de communication et de stockage chiffrés. Tout cela pour combattre un risque qui, comme je l’ai dit, reste extrêmement isolé et extrêmement rare.

 

C’est lorsque l’on se laisse aller à la panique, aux généralisations, et à un mépris des institutions démocratiques que l’on perd réellement face au terrorisme. Je sais pertinemment que demander de raisonner de façon rationnelle face à ce genre d’attentats est très difficile, mais c’est un exercice auquel il faut impérativement s’adonner, et encourager nos proches à faire de même. Les gouvernements exploitent sans vergogne nos vulnérabilités pour faire passer des lois liberticides que personne n’aurait acceptées dans un autre contexte. Le Front National en France continue inexorablement de gagner du terrain, alimenté par ces peurs. Aux États-Unis, un candidat au discours fasciste est en passe de gagner la primaire républicaine. Pardonnez-moi, mais je n’ai pas autant peur de quelques idiots avec une ceinture d’explosifs que des politiques qui n’attendent qu’une chose : que de tels événements se reproduisent pour satisfaire leur soif intarissable de pouvoir. Ne leur donnons pas raison.