Les rigidités du marché du travail et la jeunesse musulmane

Traduit de « Labor Market Rigidity and the Disaffection of European Muslim Youth » par Alex Tabarrok.

 

En Belgique, la radicalisation des jeunes a été alimentée par un fort taux de chômage et des ghettos musulmans à la criminalité rampante, mais comme Jeff Jacoby pointe du doigt1 :

Les musulmans aux États-Unis […] n’ont eut aucun souci à s’acclimater aux normes culturelles2. Dans un sondage très détaillé de 2011, le Pew Research Center présente les musulmans américains comme « très bien assimilés dans la société américaine […] et satisfaits de la vie qu’ils mènent. » Plus de 80% des musulmans américains sont satisfaits de leur vie aux États-Unis, et 63% ne perçoivent aucune contradiction « entre être un musulman pieux et vivre dans une société moderne. » Leurs taux de participation à divers activités américaines quotidiennes, que ce soit soutenir les équipes de sport locales ou regarder les émissions de divertissement, sont similaires à ceux du reste de la population américaine. La moitié des immigrés musulmans arborent le drapeau américain à leur domicile, au bureau, ou sur le voiture.

Mais Jacoby n’explique pas pourquoi est-ce que l’on trouve ces différences. Un des facteurs est la plus grande flexibilité du marché du travail américain comparé à ceux des pays européens.

Les institutions qui rendent le recrutement et le licenciement des salariés ou l’ajustement des salaires plus difficiles peuvent accroitre le chômage et réduire le taux d’emploi, en particulier pour les jeunes immigrés. Les entreprises seront moins enclines à embaucher si licencier est coûteux. Comme nous l’avions formulé avec Tyler dans Modern Principle3, « Combien seront prêts à aller à un rendez-vous amoureux s’il doit se solder par un mariage ? » Le fardeau du recrutement est d’autant plus lourd pour les immigrés si l’on prend en compte les incertitudes supplémentaires (qu’elles soient perçues ou réelles) que les embaucher représente. Une des façons pour les immigrés de contourner ces barrières est d’accepter d’être payés moins en échange de leur travail. Mais si cette option est rendue impossible par un salaire minimum ou des cotisations et des bénéfices supplémentaires, alors le chômage et le non-emploi parmi les immigrés sera plus élevé, ce qui va générer des mécontentements, en particulier chez les jeunes.

Huber par exemple (de même que Angrist et Kugler4) note que5 :

Les pays avec des négociations salariales centralisées, des réglementations plus strictes sur les marchés des biens, et les pays avec une plus forte présence syndicale, ont un marché du travail qui pénalise les immigrés par rapport aux natifs, même en contrôlant les effets de composition.

Le problème de la rigidité du marché du travail est particulièrement présent en Belgique, où les différences de taux de chômage, d’emploi, et de salaires entre immigrés et natifs sont parmi les plus prononcées dans l’OCDE. Un rapport de l’OCDE6 établit clairement que si la barrière de la langue est une explication, les rigidités du marché du travail en sont une autre :

Les restrictions du marché du travail belge sont généralement défavorables à l’emploi des travailleurs peu qualifiés. Les faibles taux d’emploi sont le résultat d’un coût du travail très élevé, qui tire vers le bas la demande de main d’œuvre peu qualifiée […] De plus, la segmentation et la rigidité du marché du travail pèsent sur les salaires et les opportunités pour les outsiders. Avec une surreprésentation des immigrés parmi les salariés vulnérables et peu qualifiés, il semblerait que les restrictions du marché du travail affectent les populations immigrées de façon disproportionnée.

[…] Les salaires minimums peuvent créer des barrières à l’embauche d’immigrés peu qualifiés, en particulier chez les jeunes. Ramené au salaire médian, le salaire minimum légal belge fait partie des plus élevés dans les comparaisons internationales et les accords de branches réhaussent généralement ce minimum. Cela permet de lutter contre la pauvreté au travail, mais exclue les salariés les moins qualifiés du marché du travail (Neumark et Wascher, 2006). Les groupes ayant une productivité moindre, comme les jeunes et les immigrés, seront parmi les plus affectés.

En 2012, le taux de chômage belge était de 7,6% (pour les 15 à 64 ans), jusqu’à 19,8% pour la population active de moins de 25 ans, et, parmi ce groupe atteignant pour les immigrés et enfants d’immigrés 29,3% et 27,9% respectivement.

L’immigration peut être bénéfique pour les populations immigrées et natives, mais pour profiter de ces bénéfices il est nécessaire d’avoir certaines institutions, en particulier un marché du travail ouvert et flexible.