L’inquiétant repli nationaliste de Bernie Sanders

En tant que gauchiste contrarié, j’entretenais de nombreux espoirs envers Bernie Sanders. Certes, je savais d’avance que sur plusieurs points cruciaux, je n’allais tomber amoureux de son programme. Étonnamment, je ne suis pas un grand fan de l’idée de nationaliser la santé ou l’enseignement supérieur, sans parler des hausses d’impôts qui vont avec. Mais soit. Admettons. Mettons ces points de côté, et essayons de trouver des points d’entente. La gauche radicale américaine a toujours été pro-immigration, plus tolérante sur les questions des drogues, opposée aux différentes interventions militaires, et intransigeante sur la liberté d’expression.

Malheureusement, les années hippies sont loin derrière nous. La communauté LGBT est en proie à une guerre interne pour déterminer si les drag queens peuvent participer aux gay prides (les drag queens seraient sexistes et transphobes parait-il1), la génération actuellement à l’université ne veut plus simplement supprimer le second amendement mais ne pleurerait pas la disparition du premier, et le libre-échange et l’immigration sont devenus des complots de l’extrême-droite.

Bernie Sanders, dans ce marasme de déception idéologique, a semble-t-il préféré capitaliser sur les irrationalités de son électorat pour devenir le populiste de la gauche, au lieu de profiter de l’impopularité de Clinton pour proposer une alternative de gauche intelligente. Pour connaître la position de Sanders sur une question particulière, demandez-vous ce que la caricature de l’électeur de gauche américain pense, et vous n’êtes pas très loin de la réalité.

Et c’est bien dommage, car il n’y a pas que le Parti Républicain qui ait besoin d’un peu de dépoussiérage idéologique. Quel est l’élément principal du programme de chaque candidat ? Sanders veut une révolution social-démocrate, Trump veut construire un mur, et Cruz veut restaurer les valeurs chrétiennes. Clinton ? Mise à part le fait qu’elle est une femme, il n’y a pas grand-chose de son programme qui attise réellement les foules. Combiné au fait qu’Obama a déçu à de nombreux égards, il y avait un boulevard à gauche pour proposer une alternative que Sanders est en train de gâcher à mon sens.

Mais ma plus grande déception est sans doute sa position dogmatique sur le libre-échange et l’immigration. Non, ce n’est pas le discours de Trump. Si Sanders s’est prononcé pour la légalisation des résidents en situation illégale et n’a aucune intention de construire un mur, cela ne change rien au fait qu’il veut couper toute route commerciale avec les pays qui n’offrent pas des conditions similaires aux États-Unis en termes de salaires. Seul hic : il n’y a pas beaucoup de pays où les salaires sont similaires à ceux des États-Unis. L’ouvrier français gagne deux à trois fois moins que l’ouvrier américain, doit-on couper toute route commerciale car la France représente une concurrence déloyale à l’industrie américaine ?

Les républicains ont historiquement été protectionnistes, et les démocrates ont jusqu’ici porté les réformes d’ouverture, notamment sur le sujet du libre-échange. Sanders est en train de créer une dynamique malsaine, qui se traduit par trois candidats à la maison blanche qui ont tous exprimé publiquement leur opposition au libre-échange et à l’immigration. Sanders a réussi à détruire le peu d’opposition aux républicains que les démocrates opposaient sur ces questions.

En bon socialiste, Sanders résonne dans un système à somme nulle, au sein duquel le marché du travail est parfaitement statique. Les mexicains volent les emplois des américains et tirent les salaires vers le bas, puisqu’il y a un nombre d’emplois prédéterminé. Et lorsqu’ils ne sont pas sur le sol américain, ils continuent de voler les emplois et de déprécier les salaires à cause de ces capitalistes cupides qui délocalisent au Mexique. Il a la politesse de ne pas les traiter de violeurs, mais il ne veut pas non plus en voir plus sur le sol américain2.

Quel dommage.